Depuis son lancement, Ki-oon a développé principalement trois collections : le seinen noir, glauque, assez violent, plutôt orienté dark fantasy à la Übel Blatt, l'aventure façon Square-Enix comme Pandora Hearts, et enfin le manga plus calme, jouant sur l'ambiance avec en fer de lance Bride Stories. Et c'est dans cette dernière qu'on peut aujourd'hui découvrir Gisèle Alain de Sui Kasai.

Gisèle Alain volume 1Gisèle Alain, c'est le nom d'une petite jeune femme qui, en plus de s'occuper d'une pension (ce qui ne semble pas non plus lui prendre des heures, soyons honnêtes), a décidé de devenir femme à tout faire dans cette Europe du début du XXe siècle. Vous avez perdu votre chat ? Vous ne savez pas quoi faire de vos enfants quand un boulot urgent vous tombe dessus ? Ramoner votre crasseuse cheminée ne vous enchante pas ? Gisèle Alain est là pour ça !

En fait, il se passe peu de choses dans ce premier volume. On découvre l'environnement, on rencontre les personnages, en insistant évidemment sur celui de Gisèle, principal atout de ce tome. Espiègle, naturelle, curieuse, la jeune fille n'a peur de rien quand il s'agit de découvrir le monde. Un monde dont elle ne sait rien : héritière d'une grande famille qu'elle a fini par fuir, elle a vécu toute sa courte vie entre quatre murs, plongée dans les livres. La théorie n'a aucun secret pour elle mais rien ne remplace l'expérience pratique : marcher dans l'herbe, se promener seule, faire les courses, caresser un chat...
Sa candeur face au quotidien la rend attachante tandis que son immense envie de liberté l'expose vite aux risques, au grand dam d'Eric, un de ses locataires qui devient évidemment son assistant involontaire (et plus si affinités ?). Se heurtant bien souvent aux limites imposées par les adultes, elle n'a de cesse de les dépasser, de secouer les habitudes de chacun, quitte à passer pour une capricieuse irresponsable même si le but à atteindre est toujours louable. Ayant grandi dans un univers rigide et formaté qui a fini par l'étouffer, elle ne supporte pas les obligations, les concessions et les interdits qui semblent tant régir et brider la vie des autres. Forcément, tout cela la rend naïve, idéaliste et quelque peu inconsciente sans pour autant que cela n'apparaisse trop lourdement et gêne la progression du récit.

Néanmoins, comme déjà dit, il ne se passe pas grand-chose dans ce tome et seules les quelques dernières pages semblent indiquer que la suite devrait apporter son petit lot de profondeur manquant jusque-là. Le passé que Gisèle a fui ne va certainement pas la lâcher si facilement et devrait sans doute s'inviter dans le tome suivant, histoire d'en savoir peut-être plus sur ce qu'était sa vie auparavant et dans quelles circonstances elle s'en est extirpée. Permettant alors peut-être de donner un peu plus d'épaisseur à un ensemble pour le moment très léger, manquant un peu de consistance.

Côté dessin, difficile de ne pas imaginer que Sui Kasai est quelque peu influencée par Kaoru Mori (même magazine de prépublication) tant le style s'en rapproche, aussi bien dans l'ambiance (je pense d'office à Emma dès les premières pages) que dans le trait, très détaillé, plutôt maîtrisé, avec un même type de regards.
L'ensemble se lit en tout cas assez bien mais il faudra clairement que la suite décolle un peu pour dépasser le stade de simple divertissement un peu vite oublié.

Pas de date annoncée pour le deuxième tome en version française sachant qu'il y en a trois de parus au Japon, au rythme d'un par an. Mieux vaut donc ne pas être trop pressé...