Pas de Japan Expo pour moi cette année, autant en profiter pour ajouter une nouvelle blog-chronique. 
Kana continue d'enrichir son catalogue shôjo. Après Shirayuki aux cheveux rouges en janvier, l'éditeur inaugure l'été avec Piece, la dernière série en cours de Hinako Ashihara, à qui on doit déjà Le sablier (toujours chez Kana). Bon, si on se fie au résumé, ça n'augure pas un été très joyeux...

Piece volume 1Haruka Origuchi, 19 ans, vient de mourir d'un cancer. Ses anciens camarades de lycée se réunissent pour son enterrement. Pourtant, aucun n'était vraiment son ami. Personne ne lui parlait vraiment, personne n'avait cherché à connaître davantage cette jeune fille renfermée qui ne montrait aucun intérêt pour les loisirs de ceux de son âge. Personne, ni même Mizuho, pourtant au courant des insultes que sa congénère effaçait tôt le matin de son bureau. C'est pourtant Mizuho que la mère de Haruka vient voir à l'enterrement, croyant qu'elle était la meilleure amie de sa fille. Sa fille qui jusqu'à sa mort lui a tout caché, y compris sa relation avec un homme et ses conséquences... Mizuho et ses anciens copains de lycée accepteront-ils de fouiller le passé pour en savoir plus ?

A priori donc, rien de follement joyeux et léger avec un résumé comme ça. Pourtant, la lecture de ces deux premiers tomes ne plombe pas puisque la quête dans laquelle se lance Mizuho, traquant le moindre souvenir que la pauvre Haruka a pu laisser dans la mémoire de ses anciens camarades de classe, est surtout l'occasion pour la jeune femme d'en découvrir plus sur elle et ceux qui l'entourent. Au fur et à mesure que les pages se tournent et que les détails du passé se révèlent, pièce par pièce, on en apprend plus sur chacun, les personnages étant tous très travaillés et développés, aucun n'étant bêtement manichéen, monofacette, lisse et sans accroc.
Aucun n'a fait vraiment l'effort d'en savoir plus sur Haruka pendant leurs années de lycée, restant à une simple première impression face à cette fille a priori insipide et fadasse. Le genre de fille dont on pense qu'il ne peut absolument rien lui arriver d'intéressant dans la vie. Bien évidemment, son histoire, entremêlée avec celles d'autres, est bien là pour prouver le contraire et montrer que sous le vernis de surface peuvent se cacher bien des choses, intéressantes, surprenantes, inattendues. Des choses qui vont bien au delà des jugements posés sans en avoir jamais vérifié le moindre fondement, pouvant ruiner des vies pour rien de tangible, juste à partir d'un ensemble de petites vengeances puériles et mesquines.

Qu'on ne s'y trompe pas, on n'est pas là pour autant face à un énième manga sur l'ijime, le clou qui dépasse et se fait massacrer la tête à coup d'injures et d'humiliations. Ces lycéens n'ont rien des brutes épaisses ou des manipulateurs vicieux qu'on trouve régulièrement, juste des gamins parfois bien paumés, faisant avec ce qu'ils ont pour essayer de trouver leur place, souvent maladroitement, avec leurs peurs, leurs doutes, leurs faiblesses, leurs petites lâchetés, bref leur humanité dans ce qu'elle a de plus ordinaire et donc proche de nous. Aucun n'essaie vraiment de chercher à comprendre l'autre, ayant déjà bien du mal à se comprendre lui-même...
Mizuho par exemple est la gentille fille sans histoire qui doute perpétuellement des choix qu'elle a à faire, de sa capacité à aimer, des émotions qu'elle est censée éprouver, des batailles qu'elle devrait mener mais qu'elle fuit, des relations qu'elle rechigne à nouer, se protégeant du monde extérieur par une barrière qui écarte tout risque autant qu'elle l'éloigne des autres. Que ce soit elle, le réfléchi Yanai, le complexe Narumi ou l'adorable Setouchi, tous ont leurs multiples facettes qu'on découvre petit à petit, avec beaucoup de délicatesse, de sensibilité et de pudeur, entrant dans leur monde, dans leur tête, au fil de leur quête sur les pas de Haruka.
Le propos n'a pour le moment rien de glauque, de malsain ou de (trop) lourd, il y a même souvent une bonne dose d'humour, pas mal de petits moments légers simplement chaleureux et tendres, autant de petites tranches de vie sincères, alternant dérision, émotion, réflexion. Le dessin permet sans problème de s'y retrouver parmi les personnages, attachants, sympathiques même si certains semblent traîner une bien lourde charge sur les épaules, au gré des rumeurs et des réputations qui se construisent à partir de rien.

Ces deux tomes de Piece sont en tout cas plutôt accrocheurs, parvenant à intriguer et à donner envie d'en savoir plus, aussi bien sur le secret de Haruka, que sur Mizuho et ses anciens camarades, sur lesquels on a encore beaucoup à apprendre.
Difficile par contre d'imaginer que toute la série soit liée au fil rouge développé dès les premières pages, vu qu'il y a déjà 8 tomes au Japon et qu'il ne faudrait pas non plus délayer la moindre information, au risque de perdre tout rythme. À suivre pour voir comment la mangaka parvient à gérer son intrigue sans perdre son énergie, sa vitalité, son intérêt.
Pas de date encore sur le site de Kana pour le volume 3, qu'Amazon indique lui pour le 7 septembre 2012.