Figurez-vous, bande de petites veinards, que Ki-oon a décidé de prendre en main votre niveau de culture générale cette année. En effet, avec Wolfsmund de Mitsuhisa Kuji, vous allez plonger dans rien de moins que les mythes fondateurs de la Suisse ! Bon, dit comme ça, ce n'est pas forcément très accrocheur, j'en conviens... mais si j'ajoute qu'on y trouve plein de décapitations, de pendaisons, de combats et de poitrines féminines dénudées ?

Wolfsmund volume 1Wolfsmund, "La gueule du loup", c'est le surnom d'un triste château qui garde le col du Saint-Gothard, seule route d'accès à l'Italie depuis l'empire germanique en ce XIVè siècle. La maison des Habsbourg, la famille royale autrichienne, règne d'une main de fer, réprimant durement tout soulèvement contre leur invasion des trois cantons d'Uri, Schwytz et Unterwald. La moindre résistance des habitants est châtiée sans aucune pitié et personne ne peut tromper Wolfram, le magistrat du château, parvenant à déjouer tous les artifices des rebelles alors punis d'une mort plus moins rapide selon l'humeur du délicieux personnage.

Cette courte présentation et le fait que l'auteur soit un ancien assistant de Kentarô Mirua (Berserk) suffisent à situer facilement le style de la série et ce ne sont pas les toutes premières pages du volume qui nous détrompent puisqu'on commence directement par une bonne petite exécution, histoire de nous plonger directement dans le bain. Le plan est simple : ne vous attachez à personne, il y a de fortes chances que chaque personnage un tant soit peu sympathique rencontré finisse en trophée macabre dix pages plus loin. La pitié n'existe pas, des familles entières sont décimées sans distinction d'âge ou de sexe et seuls comptent la quantité de sang ou le nombre de têtes roulantes qui salueront l'arrivée des nouveaux prétendants au passage du col.

Pour autant, l'auteur ne joue pas tant que ça la carte du gratuit glauquissime avec moult gros plans sur les horreurs couramment pratiquées en ces temps pas très intéressés par la notion de justice équitable et autre présomption d'innocence. OK, ça découpe, ça gicle, ça roule, ça plante, mais le propos est plus dans l'efficacité que dans le malsain très appuyé qu'on peut trouver dans la Dark Fantasy. Pas besoin de ça de toute façon pour qu'on comprenne bien l'idée d'injustice et d'horreur que le mangaka nous met en images. C'est déjà bien glauque.
Impossible par contre avec ce premier tome de vraiment savoir vers quoi va ensuite se diriger le mangaka : pas de personnage principal, et comme simple ligne directrice a priori, la rébellion qui enfle chez les futurs helvètes. Le propos de la série sera-t-il de voir cette révolte grossir et finir par prendre son envol contre l'infâme Wolfram (qu'on aimerait bien voir pour le coup finir au bout d'une pique puisqu'il n'y a pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui s'amusent) ?

Trois volumes sont pour le moment parus au Japon chez Enterbrain. Le tome 2 est prévu en France chez Ki-oon pour le 14 juin 2012.