Petite pause dans la dégustation de chocolats post-Pâques pour mettre en ligne cette nouvelle blog-chronique. Sortez vos machines à voyager dans le temps... 

Seven Shakespeares volume 1Après avoir suivi la formation et les tribulations d'un jeune groupe de rock dans Beck chez Akata/Delcourt, Harold Sakuishi reste dans le registre artistique avec sa série suivante, Seven Shakespeares, nous intéressant cette fois-ci, comme son titre l'indique, au célèbre dramaturge anglais du 16ème siècle. Petit saut dans le temps donc puisque le premier tome nous fait arriver à Londres en l'an 1600.
Shakespeare triomphe alors avec Hamlet, tandis que certains bourgeois s'inquiètent de l'influence prétendument néfaste que ce genre de divertissement pourrait avoir sur la population (ils n'avaient pas les jeux vidéos à accuser de tous les maux à l'époque). Un juge connu pour son puritanisme ordonne même la fermeture en pleine représentation d'un théâtre tandis qu'un homme tente de vendre le véritable manuscrit de la pièce, accusant Shakespeare d'imposture...

Voilà un premier tome aussi dense que passionnant, nous baladant dans une histoire finalement assez mal connue. On a tous entendu parler de Shakespeare, d'Hamlet ou du Roi Lear mais cela reste pour la plupart d'entre nous de simples références très superficielles... Un petit tour sur Wikipedia semble d'ailleurs indiquer l'existence de nombreuses polémiques très tenaces sur l'identité de l'auteur anglais, Sakuishi s'en étant sans doute inspiré pour lancer son histoire.
Le rythme est tout de suite intense et prenant, le mangaka parvenant à créer une ambiance tendue sans crisper ni abrutir sous des tonnes de références obscures, avec de bonnes doses d'humour subtil. Très vite, on quitte d'ailleurs l'univers du théâtre pour s'intéresser à des immigrés chinois nouvellement arrivés en Angleterre à la fin du 16ème siècle, dont une jeune fille au mystérieux pouvoir attisant autant la convoitise que la jalousie.
Sakuishi met ainsi en place son propre théâtre dans ce premier tome, plaçant ses étranges personnages dans leur cadre, permettant de nous intriguer énormément tout en donnant une parfaite impression de maîtrise, au fil de différents flash-backs nous plongeant d'autant plus dans une histoire qui promet de nombreux rebondissements. Son dessin très expressif, certes un peu figé côté silhouette mais souvent excessif dans les visages, ne choque pourtant pas dans l'univers qu'on imagine, peut-être à tort, un peu guindé de Shakespeare, permettant au contraire de s'attacher aux personnages et de ne pas ressentir trop de sérieux dans une histoire qui pourrait autrement être un peu, disons, chiante. Avec un sujet qui pourrait faire fuir par peur d'intellectualisme pesant et poussiéreux, rien de tel ici, mais plutôt la promesse d'une découverte rafraîchissante et dynamique.

On finit rapidement ce premier tome, pourtant bien épais, avec l'envie d'en savoir plus et de voir comment ces divers personnages déjà bien développés vont interagir et faire évoluer la situation.
Univers atypique pour un manga - les mangaka n'ont décidément aucune limite dans les sujets qu'ils osent aborder -, aventure qui s'annonce intéressante et rythmée, dessin sympathique, personnages intrigants, voilà qui donne envie de voir ce que Sakuishi nous réserve pour la suite.
Six tomes sont pour le moment parus au Japon. En France, c'est Kazé Manga qui propose la série et si le tarif peut faire tiquer - 9,99€ le volume - il faut savoir que ce premier tome compte quand même 280 pages. Pas encore de date annoncée pour la suite que j'espère toujours aussi réjouissante.