Akata semble beaucoup miser sur la sortie de leur nouveau shônen chez Delcourt, Shinjuku Fever de Mitsurou Kubo - qui, comme son nom ne l'indique pas du tout, est une femme même si elle se dessine en mec et aurait aimé avoir de la barbe. Les critiques semblent plutôt positives, mettant finalement beaucoup de pression sur le ressenti de lecture de ce premier tome. Et finalement ?

Shinjuku Fever volume 1Petit résumé pour poser le contexte : Fuku, 18 ans, est le dernier membre du club de supporters de son lycée et le seul qui continue encore à encourager leur équipe de base-ball, totalement nulle. Pas grave, il ne sait rien faire d'autre mais il le fait avec ardeur et conviction. Mais s'il veut pouvoir entrer dans une fac d'ici quelques mois malgré des résultats scolaires calamiteux, il va devoir suivre des cours d'été à Tokyo histoire de préparer quelques concours. Évidemment, l'ami qui devait organiser leurs vacances studieuses avait d'autres idées en tête et Fuku se retrouve rapidement dans des bars bien louches de Shinjuku, devenant une proie facile pour tous les escrocs intéressés par les quelques billets qu'il possède...

Honnêtement, les débuts sont laborieux, un peu comme l'écriture de cette chronique. Peut-être est-ce dû au format des Delcourt, pas très large, sans marge intérieure, coupant bien souvent les bulles trop proches de la reliure et obligeant à quasiment écarteler le volume pour réussir à lire certains dialogues - c'est un détail mais ça gâche un peu le rythme de lecture - ou simplement au fait que ces premiers chapitres n'étaient au départ pas prévus pour se transformer en début de série, mais tout ça manque un peu de souffle et on aligne les clichés : le petit péquenot sorti de sa cambrousse par un pote mal-intentionné obsédé par la vie nocturne de Shinjuku, le milieu de la nuit où chaque pas mène d'un bar à arnaque à un autre, où le moindre pigeon se fera plumer jusqu'à l'os... et évidemment, notre pigeon est ici le héros, d'une naïveté pathologique, incapable de voir quand on lui ment, ce qui arrive pourtant à peu près toutes les deux pages.
Bien sûr, c'est un gentil garçon, bien brave, généreux, commençant simplement à se poser quelques petites questions sur son avenir vu ses résultats scolaires plus que médiocres et son manque de compétences dans les domaines que la société attend qu'un brave futur petit employé maîtrise un minimum. En un mot, un loser. Pas très original donc... On voit venir bien à l'avance toutes les galères où sa naïveté exacerbée va le conduire ce qui ne donne pas vraiment beaucoup d'entrain à la lecture... Et pourtant...

Pourtant, au bout de quelques chapitres, on finit par se prendre au jeu. Fuku va tellement loin dans sa candeur, sans aucune arrière-pensée, aucun calcul, qu'il en devient vraiment attendrissant. Sa seule compétence étant l'encouragement envers et contre tout, c'est son ultime recours dans les situations extrêmes : son encouragement en pleine rue d'une arnaqueuse cynique et désabusée, sans jamais qu'il ne s'inquiète des conséquences évidemment désastreuses que ses décisions risquent d'entraîner, n'écoutant que son cœur avec sincérité et intégrité, est à la fois totalement hilarante par son côté jusqu'au-boutiste, et par son entourage qui découvre le phénomène, et plutôt touchante par ce qu'il dévoile du personnage - à la fois très courageux et totalement con. La naïveté comme arme de distraction massive, voilà de la technique hyper-classique maintes fois utilisée et pourtant, toujours efficace !
Ce premier tome est un galop d'essai, une mise en bouche, permettant simplement de mettre en place le contexte, présenter les personnages, installer l'ambiance, avec pas mal d'humour, de tendresse et de fraîcheur. Reste donc à voir comment la mangaka va ensuite faire évoluer tout ce petit monde de la nuit, avec au centre un gamin candide et déterminé à aider, supporter et encourager tous ceux qui croiseront sa route. Classique mais plutôt sympathique finalement !
La série compte dix volumes et le deuxième est prévu en France pour novembre 2011.