À quelques heures de l'ouverture de Japan Expo, je profite d'un petit trou dans la préparation de mon périple pour me plonger dans une nouvelle série de Ki-oon.

Après Emma et Shirley chez Kurokawa, Kaoru Mori nous revient avec sa dernière série en cours au Japon, Bride Stories. Loin de l'Angleterre victorienne de ses précédents titres, l'auteure reste au XIXème siècle mais nous emmène cette fois-ci en Asie centrale.
La famille Eyhon vit un grand jour car c'est celui du mariage de l'héritier de la famille, le jeune Karluk, avec Amir de la famille Hargal, un clan qui vit au delà des montagnes. Mine de rien, la mariée est presque un peu trop âgée pour ça puisqu'elle a déjà 20 ans tandis que son nouvel époux n'en a que 12. Mais la jeune femme parvient vite à s'intégrer à son nouvel environnement même si sa famille d'origine ne voit finalement pas cette union d'un très bon œil, espérant pouvoir la récupérer en vu d'un autre mariage plus avantageux pour eux...

Bien qu'ayant tous les volumes sous la main, je n'ai pas encore réussi à vraiment me lancer dans la lecture d'Emma, n'accrochant pas trop au rythme un peu lent notamment. Problème non répété avec ce premier volume de Bride Stories dont les pages défilent sans aucun ennui ni aucune perte de rythme, nous permettant de nous plonger dans un autre univers bien loin de nous. Que le lecteur soit français ou japonais, l'exotisme et le dépaysement sont au rendez-vous !
On pourrait craindre un malaise face à cette histoire de mariage arrangé, il n'en est rien notamment grâce tout d'abord à des dessins somptueux, fourmillant de mille détails donnant une véritable consistance aux éléments, aux textures, aux tissus, une épaisseur aux décorations, aux tentures, sans pour autant fatiguer ou rendre moins lisibles les pages, complexes mais jamais trop chargées. Chaque trait est maîtrisé, soigné, délicat tout en parvenant à donner beaucoup de vie à l'ensemble. Bien évidemment, on n'est pas là dans un shônen baston mais les démonstrations d'archerie d'Amir sont débordantes d'énergie sans sacrifier à la précision des traits et des postures, rendant le tout admirable.
Mais le dessin ne fait pas tout et la bonne humeur qui se dégage de cette chaleureuse famille que la jeune nomade vient d'intégrer donne envie d'en savoir plus. Mori parvient à nous décrire leur vie quotidienne sans nous abrutir sous des descriptions lourdes, donnant beaucoup de vie sans avoir besoin d'en faire trop, avec toujours des petites pointes d'humour évitant le trop-plein de sérieux. Après tout, ce ne sont là que de simples êtres humains ayant appris à vivre avec leur environnement, suivant leurs principes, leurs coutumes.

Certes, pour ce premier volume, tout paraît bien beau, sans aspérité, sans tension, tout le monde sourit mais les ambitions de la famille d'origine d'Amir, qui ne va sans doute pas en rester à de simples négociations verbales, devraient certainement apporter un peu de piquant et d'enjeux à tout ça.
Amir est en tout cas bien loin de la fille dominée et soumise qu'on aurait pu craindre puisqu'elle se révèle rapidement intelligente, déterminée, instruite et habile de ses mains que ce soit pour la cuisine comme pour la chasse, ne restant pas coincée dans son coin comme un boulet. Elle fait un peu fille parfaite néanmoins et là encore, on peut espérer que la suite lui permette de développer un peu son caractère de manière un peu plus complexe que la simple brave fille dont le bon caractère lui permet de mettre tout le monde dans sa poche en deux jours.
En tout cas, ce premier volume est un régal pour les yeux, donne envie d'en savoir plus sur ces familles, leurs coutumes, leur manière de vivre. À une époque où on passe plus de temps à juger le voisin qui ne vit pas comme nous qu'à tenter de le connaître un peu, ça ne fait pas de mal...

Trois volumes sont pour le moment parus chez l'éditeur Enterbrain au Japon - au rythme d'un par an, il va falloir s'armer de patience - et Ki-oon n'a pas encore donné de date pour la sortie du tome 2 en version française.