Je suis en plein dans l'écriture du Bilan Manga - bientôt terminé d'ailleurs, il devrait être prêt pour le 31 - et n'ai donc pas beaucoup de temps pour lire en ce moment. J'ai tout de même réussi à prendre quelques minutes par ci par là pour le retour en version française d'un mangaka qui ne cherche définitivement pas la facilité, Kazuhiro Fujita.

Pour certains amateurs de shônen, ce nom doit forcément dire quelque chose puisqu'on l'avait découvert il y a quelques années avec Karakuri Circus chez Akata/Delcourt. Si ce titre a connu 43 volumes au Japon, on doit se contenter des 21 premiers tomes en France, la série s'étant magistralement plantée. Quel destin attend donc sa dernière série, Moonlight Act, qui débute chez Kazé Manga ?

Si Kaori Yuki avait revisité bon nombre de contes dans Ludwig Revolution, ces charmantes histoires qu'on raconte aux enfants pour qu'ils cauchemardent toute la nuit - on parle quand même de gens qui se font bouffer, abandonner dans la forêt, empoisonner, griller... pour les jolis rêves, il y a mieux - sont désormais le terrain de jeu de Fujita.
Son prétexte à lui ? Tous les dix et quelques années, un rayon de Lune frappe le pays des contes et rend fous les personnages, ceux-ci allant même jusqu'à envahir le monde des humains non pas pour chercher le prince charmant ou le soulier de vair mais plutôt pour défoncer la gueule du premier venu. Il faut alors qu'un exécuteur applique l'unique loi du Moonlight Act à l'aide du messager du pays des contes pour rétablir l'ordre. Et l'heureux exécuteur cette fois-ci est le jeune Gekkô, bagarreur, grande gueule, doté d'un fort esprit de contradiction et d'une obsessionnelle tendance au mensonge qui ne peut décidément rien refuser à Engekibu, son amie d'enfance, tour à tour douce et attentionnée ou manipulatrice hors pair très douée dans le domaine du chantage. Leur relation alterne les petits moments de tendresse complice et les grosses engueulades bien poilantes.

Le principal obstacle dans la découverte d'un Fujita saute à la tronche de toute personne ouvrant un volume : le dessin. Là où le shônen est plutôt synonyme de trait simple, précis, fin, net, Fujita opte pour le crayonné, le gros trait noir qui tache, donnant un ensemble assez chargé et des visages oubliant rapidement l'esthétisme du jeune premier, l'auteur n'hésitant pas à exagérer, déformer, donner des looks et des postures impossibles. Fujita est au shônen ce que Yumi Tamura est au shôjo, un mangaka au dessin difficile d'accès pour le lecteur lambda pas habitué à ce qu'on le pousse à dépasser ses a priori.
Plus proche d'un Jojo d'Araki - en moins décalé quand même -  que d'un Dragon Ball de Toriyama, Moonlight Act ne déroge pas à la règle, débordant d'énergie au milieu d'un beau bordel de traits, ses personnages hurlant et  gesticulant dans l'excès le plus total. Ajoutons là-dessus un côté assez bavard là où le shônen aime généralement le côté direct d'un "toi méchant, moi gentil, toi mort" et vous avez le duo gagnant d'un titre drôle, dynamique, fort en gueule, bourré de dérision, aux personnages attachants et prometteurs qui va pourtant avoir du mal à trouver son public au delà de son parterre de fans acharnés déjà conquis avant même la sortie du premier volume.
Comme tout shônen baston qui se respecte, il faudra sans doute attendre quelques volumes pour que l'intrigue prenne son ampleur, mais ce premier tome a déjà de quoi attirer les amateurs du genre ayant envie de sortir un peu de leurs habitudes, prêts à prendre plus de 10mn dans le bus pour le découvrir. Quels contes Fujita va-t-il détourner à sa façon dans les prochains tomes ?
La série compte pour le moment 11 volumes au Japon et le tome 2 est prévue en France pour le 17 février 2011.