Voilà déjà plusieurs mois que j'avais remarqué les couvertures japonaises de la série Deadman Wonderland, de Jinsei Kataoka et Kazuma Kondou. D'où une certaine curiosité quand Kana s'est mis à la sortir en France...

Dix ans après le grand tremblement de terre qui a ravagé Tokyo, Ganta Igarashi, collégien de 14 ans tout à fait banal, voit sa vie de nouveau basculer dans l'horreur quand toute sa classe est massacrée par un étrange homme en rouge. Étant le seul survivant, malgré le manque évident de preuves, le voilà reconnu coupable du carnage, condamné à mort et envoyé dans la seule prison privée du pays, Deadman Wonderland. La particularité de cet établissement réside dans le fait que les prisonniers animent des attractions pour que les touristes investissent dans la reconstruction de Tokyo.
Mais la véritable utilité de Deadman Wonderland va rapidement être dévoilée au jeune Ganta...

Voilà un manga très déroutant, oscillant sans cesse entre le doux-mignon - le trait est assez rond, très précis, délicat, certains personnages semblent évadés du pays des Bisounours, du moins en apparence... - et le glauque-gore. Un gamin de 14 ans se retrouve projeté sans que personne n'y trouve rien à redire dans un univers infernal où une mort forcément très douloureuse l'attend à coup sûr. Les touristes voient des humains se faire hâcher menu en applaudissant à tout rompre - le retour des jeux du cirque... - et les condamnés sont les cobayes d'une immense expérience où le démembrement vivant est monnaie courante. Amis poètes, bonsoir.
Ainsi, on ne sait jamais trop sur quel pied danser car tous les personnages balancent entre un côté super sympa genre GO du club Med et un côté sombre et sanguinaire. La plus ambivalente étant sans conteste la mystérieuse Shiro, gamine exubérante sortie d'on ne sait où, ne semblant pas très agile des neurones, très basique dans ses raisonnements, capable d'un coup de se transformer en machine à tuer couverte du sang de ses victimes. Gloups.

Le premier volume ne sert que d'introduction puisque c'est plutôt dans le second qu'on commence à comprendre où les auteurs veulent en venir, dévoilant certains aspects expliquant la situtation de départ pas banale. Le rythme est assez soutenu, sans fatiguer pour autant, la narration parfois un peu perturbante, certaines scènes demandant quelques relectures, mais rien qui gâche complètement la découverte. Il ne faut pas avoir peur des éclaboussures de sang car ça déchiquète assez régulièrement, à la limite du gratuit d'ailleurs, et vu la tournure du second tome, ça ne devrait pas forcément s'arranger par la suite, vu les méthodes expéditives des responsables pas vraiment sains d'esprit et même passablement sadiques de Deadman Wonderland.
Néanmoins, malgré un scénario de départ assez intéressant, l'ensemble manque assez rapidement de fond et d'épaisseur, tout ne semblant prétexte qu'à de la castagne contre des boss de plus en plus balèses. Qui plus est, le second volume fait craindre un enlisement assez rapide dans une histoire qui se répète, en enchaînant les combats tout en distillant quelques réponses par ci par là. C'est typiquement le genre de scénario qui peut traîner et être allongé selon le niveau de succès au Japon.
Difficile évidemment d'être catégorique après juste deux tomes mais les shônen ont une fâcheuse tendance à craindre les bouleversements trop dangereux pour leur popularité...

Reste en tout cas deux premiers volumes assez intéressants, avec un point de départ plutôt original, un dessin attirant, quelques mystères bien juteux. À voir si le risque d'enlisement répétitif se précise ou pas...
Huit tomes sont pour le moment parus au Japon, le volume 3 est attendu en France le 3 décembre 2010.