Deux choix de blog-chroniques s'offrent à moi : un shôjo culino-comique dédié à une adoratrice de sushi ou une ode aux montagnes de muscles (jeu de mot !)... Allez, partons plutôt du côté des gros costauds qui bouffent du granite au p'tit dej !

Après le testostéroné Kiômaru et l'imposant Nés pour cogner, Shin-ichi Sakamoto revient chez Akata/Delcourt avec sa dernière œuvre toujours en cours au Japon, Ascension, scénarisée par Yoshio Nabeta d'après un roman de Jirô Nitta. On y rencontre Buntarô Mori, lycéen taciturne venant de débarquer dans une petite ville surplombée par le mont Takatori. Le jeune homme n'est pas très causant, préférant la solitude avant tout. Jusqu'à ce qu'un de ses nouveaux camarades de classe le défie crânement de grimper à main nue le mur de leur lycée. Piqué au vif dans son orgueil, le voilà qui s'exécute malgré le danger, se sentant enfin vibrer et exister, lui qui n'a semble-t-il jamais vu aucun intérêt à s'agripper à la vie. La montagne vient de se trouver un nouvel adepte...

On l'aura deviné, Ascension ne fait pas dans la dentelle et la délicatesse. Les amateurs de gros muscles surdéveloppés aux veines ultra-saillantes façon Baki ont trouvé là leur nouvelle série. Et c'est à Coq de combat que les regards rageurs à demi-fous de certains personnages obsédés par les sommets font rapidement penser. On est bien loin ici de l'humour de Nés pour cogner, l'ambiance se veut d'office sérieuse et tendue.
Le début de cette histoire part sur une idée très classique où un jeune gars pas franchement sociable va dévoiler des capacités instinctives de grimpeur hors du commun sans avoir la moindre connaissance technique, la moindre base de vocabulaire, faisant l'étonnement de tous tandis qu'il refuse obstinément de suivre une quelconque règle de sécurité. Si l'ensemble joue évidemment plus sur le côté très spectaculaire des premières scènes de grimpe plutôt que sur le côté purement réaliste sans doute moins accrocheur - quoique le lexique technique en fin de volume nous permet tout de même de briller en société -, avec son lot de gouttes de sueur et de muscles prêts à exploser sous l'effort, il faut reconnaître que Sakamoto sait jouer de sa mise en scène et des cadrages pour en foutre plein les mirettes.
Le côté très brut de décoffrage du héros, pas franchement sympathique mais à qui on imagine plein de circonstances atténuantes liées à un passé dont on ignore tout, permet d'entrer rapidement dans le vif du sujet, sans perdre la moindre page en palabres. Et nul doute qu'au delà de quelques murs d'escalade vite avalés, Mori va rapidement se retrouver confronté à de vraies parois où son côté jusqu'au-boutiste le poussant à tout risquer par goût pour le défi de tout surmonter sans aide le mettra évidemment dans des situations impossibles.

C'est en tout cas le début d'une quête de l'extrême qui ne manque pas de titiller la curiosité du lecteur prêt à s'encorder avec un dur à cuire risque-tout, recherchant l'étincelle grisante de la grimpe, seule chose capable de lui donner goût à une vie qu'il n'a jamais craint de perdre avant de sentir son pied glisser d'une prise... Ce premier volume s'avère alors plutôt accrocheur et intrigant.
La série compte douze volumes pour le moment au Japon et le second tome est prévu pour le 10 novembre en France.