La rentrée est souvent synonyme de nouveauté alors enchaînons avec une nouvelle blog-chronique.

En 2003, Glénat nous avait permis de faire connaissance avec Yoko Kamio en nous proposant sa loooooooongue série Hana yori dango, série que j'avais pour ma part fini par abandonner au bout d'un nombre déjà suffisamment important de volumes pour cause de lassitude extrême malgré toute la sympathie que pouvait inspirer l'héroïne. C'est aujourd'hui Kana qui enchaîne avec sa série suivante, Cat Street, ayant déjà comme appréciable qualité de ne compter que 8 tomes.

On y rencontre la jeune Keito, ado au regard vide, traumatisée après avoir passé son enfance à courir les castings et enchaîner les contrats sous la pression d'une mère rêvant d'en faire une grande star jusqu'à ce que tout s'effrondre quand sa seule et unique amie se révèle être une pétasse ambitieuse prête à écrabouiller n'importe qui, surtout elle, pour briller. La jeune fille se retrouve alors plus seule que jamais, sans personne à qui confier sa détresse, sans avenir, hikikomori délaissée par une famille peu compréhensive et complètement larguée. Ayant beaucoup raté l'école, elle ne fait plus partie du système et erre, jour après jour, en attendant juste que les journées se passent. Jusqu'à ce qu'elle découvre l'école active El Liston et y rencontre Rei, Momiji et Koichi, trois ado aussi seuls et rejetés qu'elle. Sans oublier Taiyô, l'ami d'enfance qui ne l'a jamais vraiment abandonnée même si elle refusait de le voir.

Il est assez facile de faire un parallèle entre Keito et Yoko Kamio. La première a passé sept ans dans le brouillard, sans vie, sans avenir, ne prenant aucun risque en restant cloîtrée dans sa bulle pour d'un coup se faire secouer et se retrouver face à un choix, reprendre goût à la vie et avancer ou disparaître définitivement. La seconde a passé plus de onze ans sur sa série phare, finissant par tourner en automatique, enchaînant les "Je t'aime, je te fuis" sur 36 tomes, sans prendre le moindre risque et la voilà qui se retrouve d'un coup face à une nouvelle série à lancer, tout à créer, tout à refaire comme une débutante avec le risque de se planter. Pas étonnant donc qu'elle parvienne à retranscrire la trouille de Keito, gamine de 16 ans restée coincée dans le primaire, ne connaissant rien de la vie, ayant passé son enfance à jouer quelqu'un d'autre pour le plaisir de son entourage, n'existant jamais pour elle-même, n'ayant jamais eu la possibilité de développer la moindre personnalité, se retrouvant alors d'un coup sans rien, face à un grand vide à la place d'elle-même.
Si les propos de Kamio restent très simples, ils n'en sonnent pas moins justes pour tout ado, même sans passé d'enfant-star, qui tente de trouver sa place dans une société souvent hypocrite et lâche, règne de la pensée unique où le moindre comportement un tant soit peu original et différent se fait immanquablement regarder de travers et rabaisser, perçu comme une menace au lieu d'une richesse. La petite troupe d'El Liston est alors plutôt sympathique, même si très classique, et on prend plaisir à les voir tous réapprendre à vivre et à être heureux, loin de tout jugement humiliant que leur entourage a pu leur faire subir.
Certes, le côté romantique reste assez basique et pas bien original et la fin du second tome est digne des plus gros soap, cliché à souhait. Mais la fraîcheur de Keito, sa redécouverte du monde qui l'entoure, son début de renaissance la rendent plutôt attachante, ni pimbêche ni constante pleurnicheuse, juste une gamine blessée. Évidemment, elle ne dévoile pas pour le moment une personnalité très forte mais c'est plutôt cohérent avec son histoire et on ne peut qu'espérer que les six volumes suivants lui permettront d'avancer sur ce chemin-là.

Bref, Cat Street donne l'occasion de retrouver le style classique mais efficace de Yoko Kamio, avec, on peut l'espérer, moins de répétitions à outrance comme dans sa série précédente. Après la sortie simultanée des deux premiers tomes, le troisième est prévu pour le 5 novembre.