Les températures deviennent plus clémentes pour quelques jours, on peut respirer un peu mieux, voilà donc une nouvelle blog-chronique.
Alors que Qwan arrive enfin prochainement à son terme, Soleil Manga lance une nouvelle série d'Aki Shimizu, la dessinatrice mettant en scène un roman de Natsuhiko Kyogoku dans Le coffre aux esprits. Je pensais me retrouver face à de petites histoires indépendantes avec un héros central façon Cortège des cent démons ou Les mystères de Taisho, eh bien pas du tout. Une seule et même histoire est lancée dans ce premier volume. Amateurs de mystères, d'ambiance lourde et poisseuse, de chute dans la folie, arrêtez vous deux secondes...

Dans le Japon de l'après-guerre, Yoriko est une lycéenne timide et solitaire, rejetée par ses camarades, coincée entre une mère hystérique et un beau-père glauque. Son quotidien s'illumine quand la mystérieuse et fascinante Kanako se prend d'amitié pour elle et l'emmène dans des promenades nocturnes, entre onirisme et romantisme exacerbé. Jusqu'à ce qu'un soir se termine en drame quand les deux jeunes filles vont à la gare et que Kanako se retrouve sous les roues du dernier train. Tentative de suicide ? De meurtre ? Accident ? C'est ce que tente de déterminer l'inspecteur Kiba, qui se trouvait dans un des wagons...

Les deux auteurs ne jouent ici pas la carte de la facilité : plusieurs histoires s'entremêlent au fil des pages, les pensées d'un psychopathe obsédé par une poupée, des corps démembrés retrouvés ici et là, les états d'âme de l'inspecteur Kiba qui se sent aussi vide qu'il est massif et baraqué, l'accident de Kanako et ses suites et évidemment l'évolution de la jeune Yoriko.
Si celle-ci passe au départ pour le pauvre petit être fragile, on voit petit à petit la folie gagner son âme, obsédée par sa relation avec l'indéchiffrable Kanako. Ainsi, sous des apparences plus ou moins neutres, certains personnages dévoilent au fur et à mesure un esprit perturbé qui semble capable de les pousser à toutes les extrêmités pour parvenir à leurs fins, quelles qu'elles soient. Car ce premier volume pose beaucoup de questions, enchaîne les mystères et ne donne guère d'indices pour la suite des événements, même si on tente d'imaginer quelques explications, sentant évidemment des liens entre chaque affaire.

En outre, Shimizu joue beaucoup sur les flash-backs, déroutants au départ pour ensuite devenir plus compréhensibles, apportant pas mal de dynamisme à un ensemble qui aurait pu sembler terne autrement puisque finalement, à bien y réfléchir, il ne se passe pas grand-chose de tangible dans ce tome. Mais on ressent bien l'ambiance lourde et malsaine qui se déploie au fil des pages, la tension monte d'un cran supplémentaire à chaque chapitre et le tout est plutôt intrigant, donnant très envie de lire la suite et notamment l'intervention du personnage qu'on aperçoit à la toute fin. Jusqu'où les deux auteurs vont-ils nous mener ? Sachant que la série ne comptera que cinq volumes, on ne peut qu'espérer que la tension et le scénario tiennent la route de bout en bout.
Ajoutons là-dessus le trait toujours impeccable de Shimizu, avec des personnages très typés et donc facilement reconnaissables, des expressions faciales expimant bien la folie qui s'installe, une mise en scène énergique et recherchée sans oublier des mini-pointes d'humour très légères, apportant un bref sourire entre deux mystères, permettant de ne pas rendre la lecture trop pesante.
Au final, voilà une bonne entrée en matière pour un manga qui vous donnera peut-être quelques frissons entre deux bronzettes sur la plage...