- Le coffre aux esprits - La poupée qui fait...
Par Morgan le samedi 24 juillet 2010, 09:10 - Manga - Lien permanent
Les températures deviennent plus clémentes pour quelques jours, on peut respirer un peu mieux, voilà donc une nouvelle blog-chronique.
Alors que Qwan arrive enfin prochainement à son terme, Soleil Manga lance une nouvelle série d'Aki Shimizu, la dessinatrice mettant en scène un roman de Natsuhiko Kyogoku dans Le coffre aux esprits. Je pensais me retrouver face à de petites histoires indépendantes avec un héros central façon Cortège des cent démons ou Les mystères de Taisho, eh bien pas du tout. Une seule et même histoire est lancée dans ce premier volume. Amateurs de mystères, d'ambiance lourde et poisseuse, de chute dans la folie, arrêtez vous deux secondes...
Dans le Japon de l'après-guerre, Yoriko est une lycéenne timide et solitaire, rejetée par ses camarades, coincée entre une mère hystérique et un beau-père glauque. Son quotidien s'illumine quand la mystérieuse et fascinante Kanako se prend d'amitié pour elle et l'emmène dans des promenades nocturnes, entre onirisme et romantisme exacerbé. Jusqu'à ce qu'un soir se termine en drame quand les deux jeunes filles vont à la gare et que Kanako se retrouve sous les roues du dernier train. Tentative de suicide ? De meurtre ? Accident ? C'est ce que tente de déterminer l'inspecteur Kiba, qui se trouvait dans un des wagons...
Les deux auteurs ne jouent ici pas la carte de la facilité : plusieurs histoires s'entremêlent au fil des pages, les pensées d'un psychopathe obsédé par une poupée, des corps démembrés retrouvés ici et là, les états d'âme de l'inspecteur Kiba qui se sent aussi vide qu'il est massif et baraqué, l'accident de Kanako et ses suites et évidemment l'évolution de la jeune Yoriko.
Si celle-ci passe au départ pour le pauvre petit être fragile, on voit petit à petit la folie gagner son âme, obsédée par sa relation avec l'indéchiffrable Kanako. Ainsi, sous des apparences plus ou moins neutres, certains personnages dévoilent au fur et à mesure un esprit perturbé qui semble capable de les pousser à toutes les extrêmités pour parvenir à leurs fins, quelles qu'elles soient. Car ce premier volume pose beaucoup de questions, enchaîne les mystères et ne donne guère d'indices pour la suite des événements, même si on tente d'imaginer quelques explications, sentant évidemment des liens entre chaque affaire.
En outre, Shimizu joue beaucoup sur les flash-backs, déroutants au départ pour ensuite devenir plus compréhensibles, apportant pas mal de dynamisme à un ensemble qui aurait pu sembler terne autrement puisque finalement, à bien y réfléchir, il ne se passe pas grand-chose de tangible dans ce tome. Mais on ressent bien l'ambiance lourde et malsaine qui se déploie au fil des pages, la tension monte d'un cran supplémentaire à chaque chapitre et le tout est plutôt intrigant, donnant très envie de lire la suite et notamment l'intervention du personnage qu'on aperçoit à la toute fin. Jusqu'où les deux auteurs vont-ils nous mener ? Sachant que la série ne comptera que cinq volumes, on ne peut qu'espérer que la tension et le scénario tiennent la route de bout en bout.
Ajoutons là-dessus le trait toujours impeccable de Shimizu, avec des personnages très typés et donc facilement reconnaissables, des expressions faciales expimant bien la folie qui s'installe, une mise en scène énergique et recherchée sans oublier des mini-pointes d'humour très légères, apportant un bref sourire entre deux mystères, permettant de ne pas rendre la lecture trop pesante.
Au final, voilà une bonne entrée en matière pour un manga qui vous donnera peut-être quelques frissons entre deux bronzettes sur la plage...

Commentaires
Je l'ai lu hier (sans ta chronique j'aurais même pas su qu'il existait) et c'est surtout le dessin qui m'a marqué. J'avais juste feuilleté les précédents Aki Shimizu en me disant que ça avait l'air joli et ça a été l'occasion de confirmer que, effectivement, elle est douée. Non seulement c'est parfois très beau mais elle sait aussi dessiner la laideur, la folie et créer des personnages assez variés (mention spéciale à l'inspecteur Kiba qui physiquement me fait un peu penser à Dick Tektiv dans Phoenix Wright x)). Bref, une belle variété.
Je suis un peu plus réservé sur l'histoire par contre : plus on avance dans les chapitres, plus on soulève de mystères sans avoir trop l'impression d'en résoudre, du coup je n'ai pas pu me faire un avis à la lecture de ce premier tome, c'est comme si on assistait à une longue introduction sans être encore rentré dans le vif du sujet.
Comme Cosmos, c'est surtout le dessin qui me marque pour le moment. C'est le premier Aki Shimizu que je lis et je pense que je jetterai un oeil à ses autres oeuvres car j'apprécie vraiment le trait (et je rejoins une fois encore Cosmos, l'inspecteur Kiba est vraiment marquant dans son physique et ses expressions). Mais c'est vrai qu'il est difficile de se faire une idée précise sur l'histoire pour le moment, il reste trop de zones d'ombres pour qu'on la critique, en bien comme en mal. Mais il y a une ambiance particulière, c'est assez oppressant et on rentre facilement dedans.
Pour ma part, j'ai bien apprécié la lecture de ce tome 1. Je dois avouer que s'il n'y avait pas eu ta chronique et le coup de cœur de MangaVoraces, je n'aurai pas essayé et ça aurait été dommage.
Je dois dire aussi que j'aime beaucoup l'inspecteur Kiba et je n'ai pas eu trop de mal avec la narration. J'ai juste regretté un certain nombre de pages en niveau de gris qui donnent un résultat assez mauvais avec de gros moirages et des noirs très grisâtres. Mais ça n'a gâché en rien cette bonne lecture estivale. Allez, vivement la suite !
J'ai exprimé mon avis sur le forum mais curieusement, j'ai plutôt accroché à ce premier volume alors qu'après avoir lu des chroniques, ça ne me donnait pas envie... Une narration en puzzle, un thriller fantastique, une ambiance sombre... Et pourtant, le tout se lit formidablement bien, on se pose des questions et très vite, on arrive à la dernière page avec le fameux personnage en couverture. La narration n'est pas toujours facile avec les différents points de vue, surtout au début.