Les semaines s'enchaînent et les nouveautés s'accumulent, y compris au travers des blog-chroniques. En voici donc une nouvelle.

Entre quelques volumes de Hokuto no Ken, Shi Ki ou Freesia, Kazé Manga n'oublie pas notre petit cœur sensible en nous proposant de découvrir My Girl de Mizu Sahara. Largué voilà cinq ans par Yôko, la femme de sa vie, Masamune Kazama ne parvient pourtant pas vraiment à tourner la page. Sans nouvelle d'elle depuis qu'elle est partie de l'autre côté de l'océan, il apprend soudainement sa mort accidentelle et se découvre alors père d'une petite Koharu. Malgré le choc de cette double nouvelle totalement inattendue, le jeune homme de 23 ans va organiser toute sa vie autour de sa fille, seul lien qui lui reste avec son amour disparu.

Le thème de la paternité soudaine est déjà traité, me semble-t-il, dans Un drôle de père chez Akata/Delcourt. N'ayant pas encore lu ce dernier, je ne saurais dire si ces deux œuvres se rejoignent sur autre chose qu'une base commune mais ce premier tome de My Girl sait se faire remarquer si on accepte de lui laisser sa chance.
La vie de Masamune au début n'a rien de très exaltant : lever - boulot - maison - bière devant le base-ball - dodo... avec toujours derrière cette amertume d'avoir perdu quelque chose, quelqu'un sans qui rien ne peut se construire. Une vie comme mise en parenthèse en attendant que... Puis ce quelqu'un revient malgré tout, fantôme d'un passé chéri et inoubliable, laissant au passage un cadeau aussi bouleversant qu'inégalable. Un petit bout de chou très attendrissant, le genre de gamine assez parfaite, pub vivante pour une campagne de "faites-des-enfants.com", gentille, souriante, généreuse et plutôt compréhensive pour ses 5 ans. Sans doute à l'image de ses parents, le doux Masamune prêt à tout pour l'autre et l'espiègle Yôko, dont on ne découvre le personnage que par petits bouts par ci par là, son fantôme planant au dessus du nouveau duo père-fille.

Le ton est particulièrement tendre et émouvant, le jeune homme devant faire face à des responsabilités qu'il n'avait jamais imaginées, s'efforçant de devenir le père que son amie avait sans doute vu en lui dès le début. Devant alors trouver une place pour sa fille dans sa vie et trouver lui-même sa place dans une société normative en tant que père débutant, doutant de lui, s'affolant à la moindre erreur. Il ne se passe évidemment pas grand-chose, juste le quotidien qui file petit à petit, avec ses joies et ses peines et toujours cette ombre derrière, ce manque, ce vide à combler. Les émotions des deux personnages sont décrites avec beaucoup de finesse et de sensibilité, évitant souvent au dernier moment habilement de sombrer dans du pathos dégoulinant.
D'autres personnages gravitent autour, permettant d'approfondir les liens, d'agrandir le tableau, de ne pas rester dans un huis clos qui finirait par devenir étouffant. Au contraire ici, la vie de famille s'organise, s'ouvre, s'oxygène au contact des autres et malgré la mort qui plane toujours en arrière-plan, la vie reste la priorité, avec sa chaleur, son énergie et son espoir. Rien de lourd ou de déprimant donc, juste une bonne dose d'amour et de tendresse qui touche au cœur.
Ajoutons là-dessus un trait parfaitement maîtrisé, très agréable à l'œil, permettant tout de suite de se faire une idée sur les personnages, dégageant une énergie sereine et vivifiante.

Seuls quatre volumes sont pour le moment parus au Japon, et après un premier tome sorti le 17 juin en France, Kazé Manga n'a pour le moment annoncé aucune date pour le second.