Voilà une troisième blog-chronique qui continue sur le thème de la vie dans un petit village de campagne... mais une vie nettement moins sereine ou joyeuse que dans Simple comme l'amour ou A fleur de peau...

Ryu Fujisaki, voilà un nom pas totalement inconnu en France puisque Glénat avait sorti voilà quelques années sa saga shônen Hôshin. Depuis, plus trop de nouvelles... jusqu'à l'apparition de Kazé Manga, et donc Shueisha, l'éditeur japonais du titre - après tout, on n'est jamais si bien servi que par soi-même dit-on - qui propose dans sa nouvelle collection Shônen Up ! la dernière série de l'auteur, Shi Ki, basé sur un roman de Fuyumi Ono.

Il est plutôt courageux, ou complètement fou, selon le talent de l'auteur, de commencer un manga uniquement avec des personnages pas du tout sympathiques. C'est la pari que prend Fujisaki et ce dès les premières pages, en nous coinçant dans un bled paumé de 1300 âmes, enfin peut-être un peu moins puisqu'on commence avec trois premiers cadavres fraîchement découverts, même si de leur côté, l'état de fraîcheur n'est pas vraiment assuré vu la quantité d'asticots qui grouillent. Si vous êtes à table, bon appétit !
Ces macabres informations ne dérangent guère la jeune Megumi, lycéenne qui ne rêve que de quitter ce village pourri blindé de vieux, de ploucs et de bouseux, passant alors son temps à baver devant le beau Natsumo ou fantasmer sur les nouveaux propriétaires du château de Kanemasa. Mais à peine cette immense bâtisse est-elle enfin habitée par cette riche et énigmatique famille que le village de Sotoba voit la capacité de survie de ses habitants chuter, les morts étranges commençant à s'accumuler, sans aucune raison, une simple fatigue, une anémie banale vous amenant très vite dans la tombe. Heureusement qu'ils ne nous sont guère sympathiques, vu qu'ils tombent tous comme des mouches...

L'auteur parvient en tout cas très vite à installer un gros malaise, sans qu'on sache vraiment si c'est totalement voulu ou pas... Non seulement les personnages ont un capital sympathie assez proche du zéro absolu, sans compter qu'ils se détestent tous, se maudissant intérieurement les uns les autres - vive la campagne -, mais qui plus est, le style de dessin de Fujisaki, plutôt original dans Hôshin, se révèle ici bien plus abrupt, agressif, pas du tout agréable à l'oeil, les regards sont vides, les corps disgracieux, les mimiques totalement exagérées et vite ridicules, sans parler des fringues de certains, se la jouant fashion en plein bled paumé...
En soi, le malaise correspond bien à ce qu'on attend d'un manga d'horreur et de frissons mais pas facile tout de même d'accrocher le lecteur dans ces conditions. Surtout qu'on finit ce premier volume sans vraiment comprendre dans quelle direction l'auteur va, quel genre de manga il veut vraiment proposer, là où les lecteurs japonais pouvaient déjà avoir lu le roman d'origine (de plus, les deux premiers volumes du manga étaient alors sortis le même jour). Ne comptons pas non plus sur l'humour, dont le titre est ici totalement et complètement dépourvu, sans oublier qu'on nous balance d'office le nom d'une bonne quarantaine de villageois en quelques pages, ce qui a vite le don d'alourdir quelque peu la lecture vu qu'on n'en retient pratiquement aucun.
Reste quand même que si ce premier volume ne fait qu'enchaîner les morts devant le regard totalement incrédule et impuissant de leurs voisins, il y a de quoi être intrigué sur les raisons de cette hécatombe, tournant évidemment autour des Kanemasa, portant quasiment sur le front "nous sommes des tueurs psychopathes nous baignant tous les matins dans du sang de jeunes vierges fraîchement vidées", ce qui n'empêche apparemment aucun villageois de les inviter à bras ouverts à leur rendre une petite visite pour faire connaissance. De charmants voisins qui vont savoir mettre de l'animation dans le village...

Bref, bilan un peu mitigé. Avec ce genre de série, difficile de juger en un seul volume, surtout quand le prologue prend déjà les 70 premières pages... L'auteur ne joue en tout cas pas la carte de la facilité et ne cherche pas à plaire à tout le monde, rien que le style de dessin peut faire fuir dès qu'on feuillette. Mais cela donne un premier volume plutôt intrigant, la suite se révélant pour le moment assez difficile à prévoir. J'espère simplement me retrouver face à des personnages, sinon sympathiques, au moins un minimum lucides et intelligents, n'ayant pas besoin de tonnes d'évidences devant les yeux pour commencer à comprendre ce qui est en train de leur tomber sur la tronche. A voir, donc...
Le second volume n'est pas annoncé à ce jour et sept tomes sont pour le moment sortis au Japon.