En 2005, Asuka nous avait fait découvrir George Asakura avec les deux premiers volumes de Piece of Cake. A la suite de soucis disons éditoriaux, nous n'avions jamais pu lire les trois volumes suivants... La carrière francophone de la mangaka allait-elle donc s'arrêter là ? (Suspense...)

Bien évidemment que non puisque c'est désormais Akata/Delcourt qui se lance dans l'aventure avec la parution du premier volume d'A fleur de peau, une série toujours en cours au Japon. Là où Simple comme l'amour s'intéressait au point de vue de villageois face à l'arrivée d'un jeune citadin, c'est ici l'inverse puisqu'on se retrouve dans la tête de Natsume, tokyoite fashion qui débarque en plein bled paumé dans les montagnes, devant abandonner son petit job de mannequin pour magazines branchés.
En fait, la première surprise, c'est l'âge des protagonistes. Je m'attendais à des grands ado, des jeunes adultes, mais non, Natsume a 12 ans, même si, vu la maturité de ses pensées, elle en paraît bien plus... Recherchant l'intensité, l'explosion des sens, bref quelque chose qui électrise son existence qu'elle juge trop fade, trop fuyante, la gamine n'est pas vraiment ravie de se retrouver en pleine campagne, entourée de ploucs et de péquenots, a priori gentils mais pas vraiment glamour. Pour autant, elle n'est pas basiquement teigneuse ou imbue d'elle-même. Même si ses nouveaux camarades ne la font pas franchement rêver, bien loin de l'univers clinquant des studios de photos de Tokyo, elle tente tout de suite de s'intégrer, ne jouant pas sa bêcheuse, voulant sympathiser sans réelles arrières-pensées méprisantes.
Bref, Natsume s'avère vite plutôt attachante, gamine un peu paumée dans une vie trop terne à son goût, cherchant sa place avec hésitation mais également beaucoup de lucidité, sans aucune complaisance avec elle-même, ne sachant pas trop ce qui peut la faire vibrer. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Kô, son pendant masculin, p'tit mec au premier abord odieux et puant d'orgueil, se prenant pour le roi du pétrole de par la richesse et la puissance de sa famille. Pourtant, très vite, les masques tombent quand les deux ado se retrouvent seuls, chacun dévoilant à l'autre un peu de son intimité, de ses désirs, si proches dans ce qu'ils recherchent et ce qu'ils ressentent. L'intensité de leur relation saute tout de suite aux yeux, entre domination, possession, séduction (oui, oui, ils n'ont que 12 ans, je sais...). Tout cela n'est jamais lourd ou indigeste, la mangaka injectant une bonne dose d'humour, de dérision, nous évitant l'habituelle potiche niaiseuse toujours prête à tendre l'autre joue quand on lui en balance une.
De plus, tout est assez subtil et complexe niveau relationnel : les bonnes copines campagnardes ne sont pas des simplettes aveuglées béatement par l'arrivée d'une mini-star des magazines ado dans leur bled, elles restent tout à fait humaines dans leurs réactions en fait très proches de ce que tout gamin un peu différent de la norme a dû connaître un jour dans la cour de récré. Pas très glorieux mais jamais profondément méchant (enfin, ça dépend des cours de récré...).

Voilà en tout cas un premier volume qui bouge, très intense, lumineux, sensible, où il se passe déjà beaucoup de choses, où les personnages se révèlent dans toute leur complexité petit à petit, entre humour et émotion. La narration de Piece of Cake ne m'avait pas laissé un très bon souvenir, trop libre, trop bordélique, il n'en est rien ici, ça se lit très facilement, sans heurt ni perte de rythme.
Un premier volume donc assez enthousiasmant, qui donne très envie de suivre la suite des premiers émois de Natsume. Je suis d'ailleurs curieuse de voir comment la mangaka va gérer ce qui se profile en fin de volume, sacrément casse-gueule a priori. Le second tome est à découvrir dès le 12 mai, et neuf volumes sont pour le moment sortis au Japon.