Après la testostérone d'un Ashita no Joe, changement de registre avec un des derniers shôjo d'Akata/Delcourt.

Simple comme l'amour est une série qui, à la lecture du premier volume, porte plutôt bien son nom. Ici, pas de gros mélo appuyé, d'étreintes torrides et éphémères, de manipulations retorses, de rivale perverse qui ne demande qu'à se faire frapper... mais simplement le quotidien d'un petit village japonais où tout le monde se connaît, où la vie suit son petit cours tranquille. Débarque un citadin de Tokyo, au départ à la grande joie de la jeune Soyo, contente de pouvoir enfin avoir un camarade de son âge même si elle déchante quelque peu en découvrant l'individu, autant doté de tact que le village de la dernière veste à la mode. Pour autant, malgré ce qu'on pourrait croire au premier abord, on ne se retrouve pas là face au classique petit con de la ville, basique, arrogant, superficiel, hautain et détestable, mais simplement un gamin dont l'environnement immédiat change du tout au tout et doit faire sa place dans un univers bien différent de ce qu'il a connu jusqu'à présent, avec ses manières un peu décalées par rapport aux autres, son franc-parler un peu rude, sa brusquerie et son manque flagrant de manières. Ici, pas de manichéisme, de sentiments primaires et bien lisses, mais au contraire un peinture assez sensible et subtile de relations qui se construisent.
De même, on ne nous présente pas la vie dans le village comme idyllique, tellement mieux que les méchantes grandes villes inhumaines et polluées, mais avec ses avantages et ses inconvénients : la tranquillité et la convivialité au prix de l'éloignement de tout, des heures de transport pour aller à l'hôpital, faire du shopping, aller au cinéma. Et ce principe de non-manichéisme se retrouve dans les relations entre les quelques enfants et ado du village : la jeune Soyo n'est pas la potiche pimbêche ou la neuneu bonne poire des shôjo mangas habituels, juste une nana toute simple, avec son envie de bien faire mais aussi sa langue qui fourche parfois, sa difficulté à communiquer avec ses amies, son coeur qui se met à battre face à l'autre, son côté grande soeur qui la fatigue parfois. De même, les autres personnages ne sont pas là pour la figuration, apportant même leur touche personnelle à l'ensemble, comme la mignonne petite Sachi et la timide Atsu, adepte des shôjo mangas dont elle aimerait être l'héroïne pour se sentir un peu plus exister dans le regard des autres.
Certes, cela manque parfois un peu de rythme, la tranquillité du village ne donne pas forcément beaucoup d'énergie à l'ensemble mais on est là face à un manga d'ambiance, une ambiance toute en tendresse, en délicatesse et en simplicité que la mangaka parvient à dépeindre avec chaleur et légèreté, virevoltant autour de ses attachants personnages qu'elle développe petit à petit.
Bref, on se laisse bercer au fil des pages par la mise en scène amusante, poétique et rafraîchissante de Fusako Kuramochi, avec l'envie d'en savoir un peu plus sur ce qui va se tisser au coeur de ce petit village de campagne, la suite semblant vouloir jouer avec son lot de petites révélations. 14 volumes sont prévus, le second pour le 14 avril 2010.