Voilà déjà quelques temps que les blog-chroniques ont déserté les lieux, reprenons donc le rythme pour bien lancer 2010 (oui, ok, on est déjà en février, je sais...).

Première nouveauté de l'année 2010 pour l'éditeur Doki-Doki, Broken Blade joue dans la cour des mecha-mangas, avec son lot de robots géants qui se défoncent la tronche. On se retrouve projeté sur le continent de Cruson où chaque habitant est né avec le Pouvoir, la capacité de contrôler le quartz, base de toute leur technologie. Mais le jeune Lygatt est une exception, un "impuissant", incapable du moindre frétillement quartzien, n'ayant alors aucune chance de trouver sa place dans la société du royaume de Kreeshna.
Mais voilà qu'une guerre vient d'être déclarée par la puissante fédération Athnès, poussant le roi Hözl, ami d'enfance de Lygatt, à faire revenir le jeune homme vers la capitale où un mystérieux Golem - robot géant - a été découvert sans qu'aucun mage-pilote ne soit capable de le faire bouger d'un pouce. Et pendant ce temps-là, les surpuissants Golems de combat d'Athnès approchent, dirigés par le commandant Zeth, autre ami d'enfance du roi ne venant apparemment pas avec l'intention nostalgique de partager de vieux souvenirs avec ses anciens potes de chambrée...

Difficile pour un manga de ce genre de se démarquer : quand on a "vu" un combat de robots géants, on les a tous un peu déjà vus... Mais Broken Blade accroche pourtant grâce à d'autres facettes. Ses personnages sont plutôt intéressants, pas têtes à claques, dégageant pas mal de complexité, ni tout blancs ni tout noirs, tous un peu écrasés par un destin qu'ils n'ont pas choisis : Hözl qui ferait n'importe quoi pour larguer sa couronne et courir la campagne avec sa jolie reine, Zeth d'Athnès dont le frère n'a aucun scrupule à lancer une guerre meurtrière en lui demandant d'y tenir son rang et de flinguer ses anciens camarades, Lygatt l'impuissant refusant de voir ses amis s'entretuer mais dont le manque de pouvoir l'empêche a priori d'avoir un réel poids...

L'univers mis en place est classique mais plutôt bien présenté, on s'y repère assez vite et l'intrigue se développe rapidement tout en parvenant à nous transmettre bon nombre d'informations essentielles pour qu'on s'y retrouve et que le tout prenne de l'épaisseur. Bien qu'il y ait quelques petites notes d'humour souvent bienvenues, la mort est présente - c'est une guerre, pas une techno-parade chez Oui-Oui - et sans se la jouer du tout gore, l'auteur n'hésite pas à sacrifier des personnages pour faire ressortir tout le passif pas joli-joli qui existe entre ces différents pays jusque là en paix. Leur histoire commune a déjà connu des massacres par le passé et les souvenirs vengeurs restent vivaces dans certains esprits. Il y a tout un contexte stratégique et politique qui se développe sans en faire trop, apportant encore un peu plus de profondeur, ne proposant alors pas qu'un bête manga de castagne entre grosses bestioles en ferraille.

Bon, évidemment, comme dans tous les mangas du genre, surtout avec le noir et blanc, difficile de s'y retrouver lors des phases de combat où tous les Golems se ressemblent et il n'est pas toujours facile de savoir quel est le coup porté, qui a pris une taloche en pleine tronche, et pourquoi machin se retrouve subitement les quatre papattes en l'air avec un morceau en moins. Fort heureusement, ces scènes ne sont pas non plus omniprésentes et ne hâchent pas la lecture, plutôt bien rythmée grâce à une narration assez dynamique.
Le dessin est parfois un peu hésitant, les visages un peu limités, pas très expressifs mais cela reste compensé par ce qui se dégage de l'ensemble. Et je n'ai pas eu la sensation de lire des dialogues ras-les-pâquerettes comme cela arrive souvent dans des mangas d'action où les personnages semblent tous avoir un QI d'huîtres plus très fraîches...

Bref, on se retrouve là face à deux premiers volumes plutôt intéressants, intrigants même, difficile en effet d'imaginer la suite, sachant que le troisième volume est prévu pour le 14 avril 2010. Sept volumes sont pour le moment sortis au Japon, sous le crayon de Yûnosuke Yoshinaga, déjà auteur de Rampage chez Soleil Manga.