Voilà, Japan Expo 2009, c'est fini, me voilà rentrée avec pour nouvelle mission de boucler mon compte-rendu dans la journée, à découvrir sur le Live Mangaverse d'ici quelques heures. En attendant, je vous laisse avec une petite chronique sur le premier volume d'une nouvelle série, comme d'habitude...

Le prince des ténèbres est la nouvelle série shônen dénichée par Kurokawa, dessinée par Megumi Ôsuga sur une histoire originale signée Kôtarô Isaka. On y rencontre le jeune Andô, capable d'influer les paroles d'autrui par sa seule volonté, pouvoir qu'il a toujours soupçonné avoir mais dont lui-même a du mal à se convaincre. Mais un événement va l'obliger à voir la réalité en face, aussi bizarre soit-elle : dans son quotidien de jeune lycéen sans histoire, il est témoin comme tous ses congénères des dérives de la société actuelle et de la violence qui s'immisce partout. Il rencontre alors le mystérieux Inukaï, chef charismatique d'une milice d'autodéfense qui compte employer tous les moyens pour rendre la ville paisible et belle. Mais les moyens en question, s'ils semblent si nobles et fascinants en surface, s'avèrent peu reluisants en vérité comme le découvre Andô, pris en tenaille entre son envie de rester planqué comme tout le monde ou de s'impliquer dangereusement...

Tout au long du volume, je me suis interrogé sur les liens scénaristiques entre Le prince des ténèbres et le bien connu Death Note, où là encore, un jeune homme voulait se débarrasser de ceux qu'il jugeait nuisible pour embellir le monde. Mais n'ayant pas encore lu ce dernier, je ne saurais dire s'il y a de fortes similitudes dans le traitement entre ces deux séries ou pas.
Il n'en reste pas moins que la série de Kurokawa présente là un premier volume particulièrement accrocheur. La dessin est plutôt maîtrisé, la narration fluide et bien lisible, le tout est bien rythmé, dynamique, sans temps mort là où on pouvait s'attendre à quelque chose d'assez bavard vu le côté très "J'aime me prendre le chou" du héros. La méthode d'Inukaï de combattre la violence par encore plus de violence, de vouloir éradiquer le mal par le mal, méthode aussi paradoxale qu'inefficace vu qu'elle ne fait que semer les graines de ce qu'elle veut combattre et qu'elle conduit bien souvent à une dictature où la liberté de penser devient la pire des trahisons possibles, est évidemment assez classique, mise en scène bien souvent dans diverses histoires. Mais elle est ici servie par deux personnages dont on ignore les limites : d'un côté, Inukaï sans doute doté d'un certain pouvoir qui le rend particulièrement fascinant face à une foule, personnage égocentrique qui n'admet que sa manière de voir les choses, prêt à tout pour l'imposer à tous, de l'autre, le si banal d'apparence Andô, ayant jusque là choisi la voie de la lâcheté que l'on connaît tous dans notre quotidien "regarde ailleurs, ça ne te concerne pas", qui se retrouve face à un choix : continuer à fermer les yeux ou accepter de réagir. Avec toujours le risque de tomber du mauvais côté de la barrière, de devenir aussi nocif que ceux qu'il combat...

Rien n'est manichéen, on ne sait pas du tout jusqu'où l'histoire peut aller, jusqu'où l'humain peut aller par la même occasion et c'est une plongée assez juste et presque perturbante dans l'âme humaine, du côté de l'égocentrisme forcené et des pulsions de haine et de vengeance...
Voilà donc une nouvelle série intrigante qui va avoir fort à faire pour tenir toutes ses promesses sur les dix volumes qu'elle devrait compter au final. Le second tome est prévu pour le 10 septembre 2009.