Je suis en pleine folie de lecture actuellement. Mangas, BD, essais, romans... Tout y passe en ce moment, à tel point que je commence plein de trucs en oubliant un peu le lendemain où j'en étais. Il faut dire que mon nouveau hobby de lire les premiers volumes des nouvelles séries mangas pour en parler ici joue quelque peu là-dessus. Je dois d'ailleurs me surveiller, je me rends compte que je pourrais vite replonger dans mon trip compulsif d'achat de bouquins d'il y a quelques années - le chômage m'ayant alors obligé à stopper ma fièvre acheteuse du jour au lendemain - vu que ça fait déjà deux samedi que je retrouve le chemin de ma librairie habituelle pour en ressortir avec quelques nouveautés vite dévorées alors que j'ai tant d'autres volumes à découvrir qui s'entassent sur mes étagères. Tout de même, je continue avec une nouvelle petite chronique de nouveauté...

Alors que Full Ahead ! Coco est toujours en cours chez Doki-Doki, l'éditeur nous propose de continuer de suivre son auteur Hideyuki Yonehara avec sa dernière série, Dämons. A la base inspirée d'une histoire signée Osamu Tezuka, Yonehara ne s'est pas laissé démonter par la réputation de son illustre compatriote et nous invite à suivre sa propre version sur treize volumes en partant évidemment de la même base : un homme, Heito, se fait torturer par des truands qui finissent par lui sectionner les deux bras, le laissant alors pour mort devant le cadavre de sa femme et de sa fille. On se doute donc déjà qu'on ne va pas rigoler des masses durant ces deux premiers tomes...
En effet, une fois réveillé chez un toubib qui lui a évité par miracle de rendre l'âme, Heito est hanté par l'horreur qu'il a vécue, bien décidé alors à se venger coûte que coûte en retrouvant et massacrant les cinq ordures qui lui ont infligé une telle douleur. Ca tombe bien, son sauveur, professeur complètement fou pas bien gêné par la moindre notion de moralité, va lui apprendre à se servir de l'énergie du désespoir, le Zethmos, lui permettant par télékinésie de faire mouvoir deux prothèses sophistiquées lui remplaçant ses bras. A partir de là, la quête de vengeance de Heitos, devenu Dämons Hate, peut commencer.

On retrouve là le dessin très incisif, maîtrisé et précis de l'auteur, convenant parfaitement à ce type d'histoire où la rage et la haine imprègnent chaque page. La quête désespérée et folle furieuse de Heito ne pourra avoir qu'une issue, la mort, avec son lot de violence et de cadavres, le monde dans lequel il évolue étant semble-t-il en pleine apocalypse : les avions tombent du ciel et les voyoux affluent de toute part pour massacrer et racketter sans aucune crainte d'une éventelle justice. Hormis quand ils croisent la route du démons aux cheveux blancs, n'ayant aucun scrupule lui non plus à tuer et éclater à tour de bras, en allant jusqu'au bout sans aucune limite, la vie n'ayant plus rien à lui apporter en dehors de sa soif de vengeance. Difficile de savoir s'il reste une parcelle d'humanité chez lui, il se révèle pourtant attachant au fil des pages, perdu dans un univers de mort où peu d'espoir survit.
Evidemment, les crapules qu'il pourchasse ne sont pas forcément de basiques salopards uniquement mauvais et tout n'est donc pas si manichéen qu'on pourrait le croire au premier abord. La violence est en tout cas très présente - la scène de torture de Heito qui déclenche tout est très forte... - mais l'auteur ne joue pas la carte facile du gore complaisant avec son lot de gros plans sur des têtes qui explosent. Rien de profondément écoeurant donc mais les plus sensibles lecteurs pourraient bien être choqués par la souffrance psychologique qui se dégage de certaines scènes, même si d'autres mangas disponibles sur le marché sont nettement plus malsains à ce niveau. Yonehara maîtrise sa narration, son rythme et s'il cède parfois à quelques petites facilités prévisibles, son histoire s'avère prenante et intrigante. Jusqu'où Dämons Hate va-t-il aller ? Quelles surprises attendent le lecteur ?
Le volume 3 est attendu pour le 12 août.