En ce moment, je suis en pleine boulimie de lecture avec cinq ou six bouquins en cours dont évidemment quelques mangas. Et parmi ceux-ci, histoire de proposer ici une seconde blog-chronique, je continue dans la mouvance shôjo – désolé pour les amateurs de testostérone musclée et poilue, ne désespérez pas… - avec le premier volume de Switch Girl de Natsumi Aida qui vient de sortir chez Akata/Delcourt.

switchgirl.jpgSwitch Girl ou les deux faces d’une même nana, la mangaka se proposant de nous démystifier la condition féminine en révélant tout haut ce que les hommes – en tout cas, les ados, pour les autres, ils ont dû voir leurs illusions s’écraser le jour où ils ont emménagé avec leur copine - n’ont jamais osé imaginer sur le sexe opposé.
En mode « On », Nika est la lycéenne typique, bien maquillée, bien coiffée, pimpante, tonique, fraîche, charismatique, l’idole de son école, le fantasme des mecs et le modèle des filles. Mais quand elle switche en mode « Off » par contre, loin des regards indiscrets, le masque glamour se décolle telle une bande faciale pour les pores avec des tas de trucs bizarres collés qui apparaissent alors. Eh oui, dans l’intimité, une fille, ça pète, ça se gratte les fesses, ça dévoile des goûts pas très dignes du dernier numéro de « Elle », ça bouffe des trucs qui puent, ça porte des culottes qui feraient passer celles de Grand-maman pour le dernier string à la mode à Ibiza… Bref, on est loin de la potiche idéale avec son sourire Colgate sur son piédestal de Miss Univers. Evidemment, tout ceci doit rester hautement confidentiel, imaginez le scandale si le vrai visage de Nika était révélé au grand-jour… Evidemment (bis), débarque un mec qui va découvrir le secret en question au bout d’environ cinq pages…
On ne peut pas dire en soi que le déroulement de Switch Girl soit hautement original : on retrouve les mêmes situations classiques et le panel de personnages des autres shôjo, le beau gosse ronchon, la rivale mégère prête à tous les coups pour redevenir la number one du lycée et évidemment l’héroïne grande gueule dévoilant quelques grammes de nunucherie dès que son p’tit cœur se met à battre quand ses yeux frôlent la silhouette du ténébreux beau gosse déjà cité. Mais la mangaka, derrière cette structure basique, injecte une sacrée dose de dérision, et même d’auto-dérision puisqu’on comprend vite qu’elle n’a fait que se regarder dans le miroir pour trouver les petits détails top glamour de sa Nika en mode « Off ». Je me suis même souvent surprise à me dire « Ah ouais, elle aussi, elle fait ça ? Y a pas que moi ? », ce qui s’avère aussi rassurant que déprimant (Oh, la loose)…

Au premier abord, la base du scénario me fait penser à Elle et Lui de Masami Tsuda avec son héroïne parfaite à l’école qui voit le naturel – et le jogging qui va avec – revenir au galop dès qu’elle ferme la porte de sa chambre, craignant pour sa réputation d’ange tombé du ciel quand débarque un nouvel élève vite mis dans la confidence par inadvertance. Mais là où Tsuda restait quand même assez calme dans le comportement secret de son héroïne, Aida y va beaucoup plus directement et ne nous épargne aucun détail, sans compter que Nika n'a rien d'une lumière en terme d'études. Au niveau des personnages, c’est à H3 School de Rie Takada que j’ai pensé, avec son héroïne forte en gueule et populaire, n’hésitant pas à rosser les garçons trop téméraires qui risqueraient de malmener les copines, mais aussi de par le ténébreux beau gosse qui débarque, détestant les filles comme c’est également le cas pour Arata dans Switch Girl.
Switch Girl n’est alors sans doute pas le summum de l’originalité niveau histoire mais le traitement de la mangaka pour son héroïne est tordant, cru et jouissif, avec ses petits détails qui tuent qui transpirent le vécu – les courses en famille au supermarché du coin valent leur pesant de concombres à volonté... C’est plutôt bavard mais jamais lourd à lire – en plus d’une adaptation graphique absolument nickel – c’est même léger et fendard, avec des personnages assez allumés – j’adore Queen Guenon et ses plans foireux – et attachants.
Par contre, je m’interroge sur la tenue d’un tel rythme sur la durée, un peu peur qu’une fois l’effet de surprise sur le mode de vie éreintant de Nika passé, on tourne un peu en rond… A voir donc si la mangaka réussit le challenge de garder la fraîcheur et l’énergie de ce premier volume par la suite, la série comptant pour le moment 8 tomes au Japon.