Les humeurs de Mangaverse

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mardi 19 février 2013

- Terra Formars - Sur ce territoire, c'est plutôt nous la vermine à exterminer...

Les insectes (Insecta) font partie du sous-embranchement des hexapodes, elle-même incluse dans l'embranchement des arthropodes mais dans un sous-groupe : les mandibulates. On connaît un insecte marin, la punaise Halobates bien que la majorité des insectes aquatiques vivent en eau douce. On les trouve sous presque tous les climats, du plus chaud au plus froid. Les scientifiques ont décrit près d'un million d'espèces (soit environ les deux tiers des espèces animales connues), et il pourrait en exister 30 millions. (sources : Wikipedia)
C'était la minute scientifique de cette blog-chronique, passons maintenant à son sujet principal : la castagne !
Car cette blog-chronique va être consacrée au premier volume d'une série fleurant bon la délicatesse des phalanges qui craquent et la poésie des têtes qui roulent : Terra Formars, scénarisée par Yu Sasuga et dessinée par Ken-ichi Tachibana (également dessinateur de L'affaire Sugaya chez Akata/Delcourt).

Terra Formars volume 1An 2599. Les hommes, dans leur soif de tourisme exotique, à moins que ce ne soit parce que la Terre n'est plus au mieux de sa forme, ont lancé 500 ans plus tôt la terraformation de Mars, en vue d'en faire une nouvelle planète habitable (à polluer). Pour cela, deux espèces terrestres, l'une végétale l'autre animale, ont été envoyées sur la surface de la planète rouge pour rendre l'atmosphère un peu plus respirable et supportable. Désormais, le processus est pratiquement arrivé à son terme et une équipe de quinze jeunes gens a été envoyée pour terminer le travail. Quinze jeunes gens un peu spéciaux, pas vraiment sortis des dernières académies spatiales terriennes, mais plutôt quinze bouts de bidoche génétiquement modifiés pour se taper la sale besogne qu'on a eu la gentillesse de leur présenter sous un jour très optimiste histoire de ne pas casser l'ambiance ou le moral des troupes. Bien évidemment, une fois arrivés sur Mars, ils découvrent rapidement à leurs dépens que leur boulot d'exterminateurs de cafards va être un peu plus... sportif que ce qu'on leur avait expliqué.

Terra Formars ne fait donc pas dans la subtilité. On ne perd pas trop de pages dans des présentations trop longues : ça ne sert de toute façon à rien, beaucoup vont finir en viande pour lasagnes martiennes avant même d'avoir pu ouvrir la bouche. C'est même à se demander pourquoi l'auteur s'est embêté à leur inventer un passé, une histoire, une identité, ou même simplement un nom alors que leur mort rapide et plutôt violente ne nous laisse absolument aucune chance de nous attacher à eux. Ce qui tombe bien d'ailleurs, car ils ne sont guère attachants en soi, personnages plutôt basiques sans guère d'envergure, chair à canon envoyée dans un combat dont ils ne maîtrisaient rien du tout, classiques victimes des méchants dirigeants sans scrupule, aveuglés par leur soif de pouvoir et de toute-puissance prêts à envoyer n'importe qui servir d'amuse-gueules pour cafards à leur place (un petit côté Starship Troopers en moins gore et fasciste quand même). Rien de neuf donc côté psychologie des personnages.
Côté castagne, les amateurs devraient y trouver leur compte : violents, extrêmes mais gentiment pas trop salissants. Comment peut-on découper autant de gens en morceaux sans que les pages ne dégoulinent de sang ?
Mieux vaut oublier également toute exigence de vraisemblance scénaristique, on n'est pas trop là pour ça non plus et les amateurs d'entomologie ou de génétique doivent être prévenus avant lecture sous peine de faire une attaque toutes les deux pages.
Remarquons enfin que les auteurs ont la gentillesse de nous indiquer la taille de bonnets des demoiselles de l'équipe, élément absolument indispensable dans toute bonne bio de tout astronaute qui se respecte... Gros manque de sens pratique néanmoins : faire rentrer du bonnet F voire G dans des combinaisons spatiales, ce n'est tout de même pas le plus simple ! Surtout qu'au grand dam des voyeurs, on ne voit rien justement, pas un soutien-gorge, pas une scène de douche, pas une malencontreuse combinaison qui se déchire inopinément, pas une coucherie sauvage plaquée contre une navette spatiale sur fond du Beau Danube bleu, rien.

On va dire que je me moque (oh...), néanmoins, j'achèterai le volume 2. Parce que malgré l'invraisemblance de quelques éléments scénaristiques, les personnages basiques, les habituelles petites facilités de ce genre de séries pour jeunes adultes de sexe masculin avides de sensations (dessinées) fortes, les auteurs savent intriguer et mener leur histoire avec une bonne dose d'efficacité, certes classique, mais plutôt prenante. La fin du volume laisse augurer que ce tome n'était qu'une simple introduction mettant en place des éléments pour la suite. Peut-être alors verra-t-on l'ensemble se développer un peu plus, gagner en profondeur, apporter des personnages un peu plus intéressants, tout en gardant un rythme narratif assez accrocheur... à moins qu'on en reste à de la baston basique qui découpe sans se soucier de développer quoi que ce soit. Le tome 2 devrait donner quelques réponses...
Quatre tomes pour le moment parus au Japon, tandis que le volume 2 est prévu en France chez Kazé Manga pour le 15 mai 2013.

jeudi 14 février 2013

- Silver Spoon - Sérieusement, où est-ce que je suis tombé ?

Après nous avoir entraînés à la poursuite de la pierre philosophale puis s'être frottée au folklore chinois, Hiromu Arakawa nous revient, toujours chez Kurokawa, avec une série totalement différente : Silver Spoon ou "Comment survivre dans un lycée agricole quand on n'y connaît rien et qu'on veut quand même être le meilleur".

Silver Spoon volume 1Yûgo Hachiken a tout du lycéen manga classique : uniforme, lunettes, expérience de vie proche du néant, assidu des cours du soir et du bachotage, un bon gros No Life comme on en croise régulièrement au fil des séries. Issu d'un collège coté, rien ne le destinait à atterrir dans un lycée agricole d'Hokkaïdo fréquenté uniquement par des enfants d'agriculteurs promis à suivre les traces familiales. Lui n'a jamais vu une vache de sa vie et sa seule rencontre animale doit se résumer au poisson grillé dans son assiette. Son arrivée s'apparente alors plus à une fuite et à un espoir de facilité : tous ces bouseux doivent à peine savoir lire et écrire, il va être le meilleur de sa promo sans avoir besoin de forcer.
Sauf que sa rencontre avec le monde agricole va évidemment être un peu plus corsée qu'il ne l'avait imaginé, lui plongé dans ses bouquins depuis toujours devant d'un coup sortir sa tête de son nid douillet, genre à 4h du mat' pour nettoyer du crottin de cheval... Bienvenue à la campagne !

Issue d'une famille d'agriculteurs d'Hokkaïdo, Hiromu Arakawa n'a donc pas eu à chercher bien loin l'inspiration de sa dernière série en cours. On aurait pu craindre que son personnage principal ne soit guère attachant, du genre grosse tête méprisante et hautaine à qui quelques coups de pieds au derrière seraient nécessaires pour le faire redescendre de son piédestal, ce n'est heureusement pas le cas. D'une part parce que le gamin se révèle rapidement plutôt ouvert, ensuite parce que son premier coup de pied au derrière, il le prend dès la première page, coursant un veau échappé à peu près aussi paumé que lui au milieu de la cambrousse où foisonnent des pancartes "attention, ours méchants".
Inutile de préciser que notre binoclard citadin n'en mène rapidement pas large, largué au milieu des futurs exploitants agricoles maniant le tracteur et les catalogues de vaches laitières depuis leur premier biberon, pratiquant un langage de spécialistes dont il ne comprend pas la moitié des mots. Lui n'a aucun rêve, aucun avenir déjà écrit, aucun but à atteindre et sa découverte de son nouvel univers est aussi hilarante que bourrée de tendresse.

On accompagne sans s'ennuyer ce candide dans sa quête initiatique qui nous change agréablement des shônen fantastiques ou épiques, où actes de bravoure jouent à chaque page dans la démesure là où ses journées ne sont que successions de corvées plus ou moins salissantes face à des bestiaux qui le terrorisent régulièrement, à moins qu'ils ne lui mâchouillent la tête ou les doigts (ou autre chose comme nous le signale une petite histoire sous la jaquette réversible). Très vite, notre brave ingénu se retrouve intégré dans une petite équipe aussi attachante que drôle, chacun ayant ses points forts et ses faiblesses, son histoire familiale et ses rêves. Pas de doute qu'au milieu d'eux, Yûko va parvenir petit à petit à trouver sa voie, entre découverte des réalités pas toujours drôles de ce monde à part et petites victoires d'un quotidien aussi épuisant que riche.

Voilà en tout cas un premier tome qui nous met d'office dans l'ambiance, maniant un humour dévastateur, une tendresse infinie pour ces personnages, nous plongeant dans un univers rarement mis en scène, a priori pas bien excitant mais en fait prometteur côté situations décalées, touchantes et bien plus concrètes que ce à quoi le shônen manga a pu nous habituer.
Reste à voir désormais comment la mangaka va gérer son histoire, une fois l'effet de surprise passé aussi bien pour nous que pour son personnage principal qui va bien finir par se sentir de plus en plus à l'aise. Je ne m'inquiète pas trop sur la question, Arakawa nous ayant déjà largement démontré son talent de conteuse d'histoires sur le long cours, et attends donc avec impatience de pouvoir découvrir la suite des aventures de Yûgo au milieu des vaches...

Six tomes sont pour le moment parus au Japon, le volume 2 est quant à lui prévu en version française pour le 11 avril 2013.

dimanche 21 octobre 2012

- Gisèle Alain - Les filles de bonne famille n'ont donc pas droit à la parole ?

Depuis son lancement, Ki-oon a développé principalement trois collections : le seinen noir, glauque, assez violent, plutôt orienté dark fantasy à la Übel Blatt, l'aventure façon Square-Enix comme Pandora Hearts, et enfin le manga plus calme, jouant sur l'ambiance avec en fer de lance Bride Stories. Et c'est dans cette dernière qu'on peut aujourd'hui découvrir Gisèle Alain de Sui Kasai.

Gisèle Alain volume 1Gisèle Alain, c'est le nom d'une petite jeune femme qui, en plus de s'occuper d'une pension (ce qui ne semble pas non plus lui prendre des heures, soyons honnêtes), a décidé de devenir femme à tout faire dans cette Europe du début du XXe siècle. Vous avez perdu votre chat ? Vous ne savez pas quoi faire de vos enfants quand un boulot urgent vous tombe dessus ? Ramoner votre crasseuse cheminée ne vous enchante pas ? Gisèle Alain est là pour ça !

En fait, il se passe peu de choses dans ce premier volume. On découvre l'environnement, on rencontre les personnages, en insistant évidemment sur celui de Gisèle, principal atout de ce tome. Espiègle, naturelle, curieuse, la jeune fille n'a peur de rien quand il s'agit de découvrir le monde. Un monde dont elle ne sait rien : héritière d'une grande famille qu'elle a fini par fuir, elle a vécu toute sa courte vie entre quatre murs, plongée dans les livres. La théorie n'a aucun secret pour elle mais rien ne remplace l'expérience pratique : marcher dans l'herbe, se promener seule, faire les courses, caresser un chat...
Sa candeur face au quotidien la rend attachante tandis que son immense envie de liberté l'expose vite aux risques, au grand dam d'Eric, un de ses locataires qui devient évidemment son assistant involontaire (et plus si affinités ?). Se heurtant bien souvent aux limites imposées par les adultes, elle n'a de cesse de les dépasser, de secouer les habitudes de chacun, quitte à passer pour une capricieuse irresponsable même si le but à atteindre est toujours louable. Ayant grandi dans un univers rigide et formaté qui a fini par l'étouffer, elle ne supporte pas les obligations, les concessions et les interdits qui semblent tant régir et brider la vie des autres. Forcément, tout cela la rend naïve, idéaliste et quelque peu inconsciente sans pour autant que cela n'apparaisse trop lourdement et gêne la progression du récit.

Néanmoins, comme déjà dit, il ne se passe pas grand-chose dans ce tome et seules les quelques dernières pages semblent indiquer que la suite devrait apporter son petit lot de profondeur manquant jusque-là. Le passé que Gisèle a fui ne va certainement pas la lâcher si facilement et devrait sans doute s'inviter dans le tome suivant, histoire d'en savoir peut-être plus sur ce qu'était sa vie auparavant et dans quelles circonstances elle s'en est extirpée. Permettant alors peut-être de donner un peu plus d'épaisseur à un ensemble pour le moment très léger, manquant un peu de consistance.

Côté dessin, difficile de ne pas imaginer que Sui Kasai est quelque peu influencée par Kaoru Mori (même magazine de prépublication) tant le style s'en rapproche, aussi bien dans l'ambiance (je pense d'office à Emma dès les premières pages) que dans le trait, très détaillé, plutôt maîtrisé, avec un même type de regards.
L'ensemble se lit en tout cas assez bien mais il faudra clairement que la suite décolle un peu pour dépasser le stade de simple divertissement un peu vite oublié.

Pas de date annoncée pour le deuxième tome en version française sachant qu'il y en a trois de parus au Japon, au rythme d'un par an. Mieux vaut donc ne pas être trop pressé...

jeudi 11 octobre 2012

- Les périples de Voie lactée - Mon pelage est parsemé d'innombrables étoiles

Pour le retour des blog-chroniques après trois mois de pause (pas vraiment prévue...), présentation d'une nouvelle série venue de Corée. Après Kitchen chez Clair de lune, les manhwaga préférant le travail en couleurs semblent bien me parler puisque je vais m'intéresser ici au premier tome des Périples de Voie lactée de Sirial chez Kwari.

Les périples de Voie lactée volume 1Voie lactée, ce n'est pas ici le nom d'une barre chocolatée mais celui d'une chatte aux yeux bleus et au pelage gris constellé de petites tâches blanches, comme des étoiles. Sur les 230 pages de ce premier tome, nous la suivons au fil de ses voyages et de ses rencontres, aussi diverses dans le ton, tour à tour léger et tendre, mélancolique et touchant, triste et désemparé, que dans son rôle, pouvant bavarder avec certains, juste miauler pour d'autres, agir pour aider ou simple observatrice impuissante face aux malheurs de ceux pour qui elle ne peut rien.
Ainsi, elle rencontrera le petit prince qui abandonna le malheureux renard, Chacha le lycéen plus félin qu'elle, Sarah le chat qui voulait savoir ce que ce serait d'être humain ou la bête à la crinière blanche traquée par un roi cruel.

Mais ce qui caractérise le mieux cette série, c'est sa douceur, sa sensibilité, cette poésie de chaque planche, magnifique de par le trait - raffiné et délicat pour les personnages, plus lâché pour les décors, donnant alors beaucoup d'énergie - mais aussi ses palettes de couleurs, superbes, maîtrisées, apportant une justesse et une chaleur à chaque situation. Que l'on ne s'attende évidemment pas à des flots d'action, même s'il peut y en avoir, les rencontres sont charmantes de simplicité et de fugacité, certaines histoires se suivant, d'autres étant totalement indépendantes des autres, au fil des voyages de Voie lactée. Une chatte qui n'a pas la langue dans sa poche, drôle, énergique et déterminée, sachant capturer l'essence des personnages qu'elle côtoie, dont elle parvient à faire ressortir la meilleure partie d'eux-mêmes même quand eux n'y croient pas. Parvenant alors à nous faire ressentir l'intensité et la complexité des relations au travers de quelques regards très expressifs, de non-dits plus parlants que tous les mots souvent maladroits qui ne savent exprimer les véritables sentiments éprouvés.

Ayant acheté ce premier tome après avoir été intriguée par la couverture, les couleurs et les premières pages feuilletées, j'ai été finalement charmée par l'ensemble, des dialogues ni puérils ni pédants, des situations simples mais subtilement mises en scène, des personnages adorables et attachants, un humour léger et bien senti et une petite chatte tendre et touchante qui sait toujours se faire comprendre, à coups de miaulements ou de griffes selon les situations.
L'ambiance qui s'en dégage, le choix des couleurs me font en outre penser au travail de Mizu Sahara sur Un Bus passe....

Deux volumes sont pour le moment parus en Corée du sud, la série étant si j'ai bien compris d'abord prépubliée sur le web. La version française chez Kwari (où on peut d'ailleurs lire les premières pages) étant donc en couleurs (d'origine bien sûr) imprimée sur papier glacé sur plus de 230 pages, le prix est en conséquence : 13,90€. Plutôt mérité, a priori, j'attends pour ma part avec impatience le deuxième tome, non planifié pour le moment.

vendredi 6 juillet 2012

- Piece - Un puzzle entrepris encore jamais achevé.

Pas de Japan Expo pour moi cette année, autant en profiter pour ajouter une nouvelle blog-chronique. 
Kana continue d'enrichir son catalogue shôjo. Après Shirayuki aux cheveux rouges en janvier, l'éditeur inaugure l'été avec Piece, la dernière série en cours de Hinako Ashihara, à qui on doit déjà Le sablier (toujours chez Kana). Bon, si on se fie au résumé, ça n'augure pas un été très joyeux...

Piece volume 1Haruka Origuchi, 19 ans, vient de mourir d'un cancer. Ses anciens camarades de lycée se réunissent pour son enterrement. Pourtant, aucun n'était vraiment son ami. Personne ne lui parlait vraiment, personne n'avait cherché à connaître davantage cette jeune fille renfermée qui ne montrait aucun intérêt pour les loisirs de ceux de son âge. Personne, ni même Mizuho, pourtant au courant des insultes que sa congénère effaçait tôt le matin de son bureau. C'est pourtant Mizuho que la mère de Haruka vient voir à l'enterrement, croyant qu'elle était la meilleure amie de sa fille. Sa fille qui jusqu'à sa mort lui a tout caché, y compris sa relation avec un homme et ses conséquences... Mizuho et ses anciens copains de lycée accepteront-ils de fouiller le passé pour en savoir plus ?

A priori donc, rien de follement joyeux et léger avec un résumé comme ça. Pourtant, la lecture de ces deux premiers tomes ne plombe pas puisque la quête dans laquelle se lance Mizuho, traquant le moindre souvenir que la pauvre Haruka a pu laisser dans la mémoire de ses anciens camarades de classe, est surtout l'occasion pour la jeune femme d'en découvrir plus sur elle et ceux qui l'entourent. Au fur et à mesure que les pages se tournent et que les détails du passé se révèlent, pièce par pièce, on en apprend plus sur chacun, les personnages étant tous très travaillés et développés, aucun n'étant bêtement manichéen, monofacette, lisse et sans accroc.
Aucun n'a fait vraiment l'effort d'en savoir plus sur Haruka pendant leurs années de lycée, restant à une simple première impression face à cette fille a priori insipide et fadasse. Le genre de fille dont on pense qu'il ne peut absolument rien lui arriver d'intéressant dans la vie. Bien évidemment, son histoire, entremêlée avec celles d'autres, est bien là pour prouver le contraire et montrer que sous le vernis de surface peuvent se cacher bien des choses, intéressantes, surprenantes, inattendues. Des choses qui vont bien au delà des jugements posés sans en avoir jamais vérifié le moindre fondement, pouvant ruiner des vies pour rien de tangible, juste à partir d'un ensemble de petites vengeances puériles et mesquines.

Qu'on ne s'y trompe pas, on n'est pas là pour autant face à un énième manga sur l'ijime, le clou qui dépasse et se fait massacrer la tête à coup d'injures et d'humiliations. Ces lycéens n'ont rien des brutes épaisses ou des manipulateurs vicieux qu'on trouve régulièrement, juste des gamins parfois bien paumés, faisant avec ce qu'ils ont pour essayer de trouver leur place, souvent maladroitement, avec leurs peurs, leurs doutes, leurs faiblesses, leurs petites lâchetés, bref leur humanité dans ce qu'elle a de plus ordinaire et donc proche de nous. Aucun n'essaie vraiment de chercher à comprendre l'autre, ayant déjà bien du mal à se comprendre lui-même...
Mizuho par exemple est la gentille fille sans histoire qui doute perpétuellement des choix qu'elle a à faire, de sa capacité à aimer, des émotions qu'elle est censée éprouver, des batailles qu'elle devrait mener mais qu'elle fuit, des relations qu'elle rechigne à nouer, se protégeant du monde extérieur par une barrière qui écarte tout risque autant qu'elle l'éloigne des autres. Que ce soit elle, le réfléchi Yanai, le complexe Narumi ou l'adorable Setouchi, tous ont leurs multiples facettes qu'on découvre petit à petit, avec beaucoup de délicatesse, de sensibilité et de pudeur, entrant dans leur monde, dans leur tête, au fil de leur quête sur les pas de Haruka.
Le propos n'a pour le moment rien de glauque, de malsain ou de (trop) lourd, il y a même souvent une bonne dose d'humour, pas mal de petits moments légers simplement chaleureux et tendres, autant de petites tranches de vie sincères, alternant dérision, émotion, réflexion. Le dessin permet sans problème de s'y retrouver parmi les personnages, attachants, sympathiques même si certains semblent traîner une bien lourde charge sur les épaules, au gré des rumeurs et des réputations qui se construisent à partir de rien.

Ces deux tomes de Piece sont en tout cas plutôt accrocheurs, parvenant à intriguer et à donner envie d'en savoir plus, aussi bien sur le secret de Haruka, que sur Mizuho et ses anciens camarades, sur lesquels on a encore beaucoup à apprendre.
Difficile par contre d'imaginer que toute la série soit liée au fil rouge développé dès les premières pages, vu qu'il y a déjà 8 tomes au Japon et qu'il ne faudrait pas non plus délayer la moindre information, au risque de perdre tout rythme. À suivre pour voir comment la mangaka parvient à gérer son intrigue sans perdre son énergie, sa vitalité, son intérêt.
Pas de date encore sur le site de Kana pour le volume 3, qu'Amazon indique lui pour le 7 septembre 2012.

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