Les humeurs de Mangaverse

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lundi 8 octobre 2012

Pas vu passer septembre !!

Défi du jour : écrire et publier un billet en moins de trente minutes, sachant qu'habituellement ça me prend facilement trois jours... 

Ah oui, quand même...
Non, je n'ai pas oublié ce blog. Juste pas mal de boulot en ce moment et le peu de temps qui me reste à côté est plutôt consacré à du repos. Je me suis rendu compte que j'avais trop tendance à suivre un rythme qui ne me correspondait pas forcément et que les choses iraient sans doute un peu mieux en m'écoutant un peu plus. Donc je calme le jeu, je respire, je profite un peu. Forcément, en contrepartie, le site n'est pas très actif. On ne peut pas tout avoir...

Depuis le dernier billet, je n'ai toujours pas décidé de l'avenir de Mangaverse. Clairement, il y a désormais des rubriques qui ne me parlent plus, d'autres qui demandent trop d'investissement en terme de temps et de travail pour que j'ai envie d'y replonger. Les idées font leur chemin petit à petit dans ma tête, je les laisse grandir et mûrir un peu pour voir ce qui en ressortira ensuite. Mais je ne suis en tout cas pas partisane de l'idée de laisser le site mourir à petit feu, j'ai vu trop de sites sympa abandonnés sur le web pour lui faire subir ça.
Il y a une fin à tout, de toute façon et je m'étais toujours dit que Mangaverse s'arrêterait quand l'envie ne serait plus là. Pour le moment, elle est toujours présente mais en se concentrant vraiment uniquement sur l'essentiel. J'avoue que par exemple, suivre précisément le marché ne m'intéresse plus vraiment aujourd'hui, il y a déjà de quoi découvrir et se laisser surprendre sans avoir besoin d'être focalisé jusqu'à l'obsession par ce qui est prévu pour dans six mois. Moi qui ai toujours été une grande angoissée de l'avenir, je commence à découvrir le plaisir de profiter du moment. 

Tout ça est également le résultat d'une petit cheminement personnel qui me fait cogiter depuis quelques années. Pas forcément un changement d'intérêt mais plutôt un horizon un peu plus vaste. Et notamment, là où j'étais pratiquement à 100% manga auparavant, d'autres types de lecture ont (re)trouvé leur place dans mes étagères (enfin, plutôt par terre, en piles, pour être exacte). J'imagine que c'est ce que que connaissent pas mal de lecteurs même si pour beaucoup cela signifie surtout l'abandon total du manga qui ne correspond plus à leurs attentes. Pour ma part, le manga a toujours sa place mais j'avoue ne plus parvenir à lire le énième shônen baston ou la x-ième bluette lycéenne. Mais avec tout ce que j'empile depuis des années, j'ai déjà de quoi m'occuper côté lectures plus... mmh, comment dire... originales.
Même si je continue de ramer pour trouver un moment où lire, un moment qui doit être suffisamment long pour que je puisse me plonger un minimum dans l'histoire, encore plus si je compte écrire quelque chose ensuite (des semaines que je garde les dernières pages du Piqueur d'étoiles en réserve pour écrire immédiatement après leur lecture... Maintenant il faut sans doute que je relise tout depuis le début !). Encore et toujours une question d'équilibre à trouver, à son rythme... Je ne sors pratiquement pas de chez moi et je ne trouve déjà pas le temps, mais comment font donc les gens socialement normaux ? :)

Bon allez tout espoir n'est pas perdu : j'ai à peu près réussi à écrire une chronique ce week-end (la première depuis... pfff...) et j'espère bientôt écrire une blog-chronique sur une nouvelle série ma foi très sympathique. Ma folie acheteuse de ces dernières semaines a normalement pris fin (plus d'une trentaine de bouquins, ebooks compris, en quelques semaines, ça suffit !), disons plus précisément que je la contiens (ma fierté du week-end : être sortie d'une librairie sans avoir rien acheté !!) et comme vous pouvez le voir dans la photo d'illustration, mes lectures du moment sont déjà suffisamment variées et trop nombreuses...

Allez, défi relevé !! (Oui bon, à quelques minutes près...)

mardi 21 août 2012

Un coup d'œil sur l'avenir ?

Une 'tite sieste...
Le 15 août passé, le quotidien va reprendre sa petite routine jusqu'à la fameuse rentrée qui va faire comme chaque année les gros titres des médias (on appelle ça un marronnier je crois, non ?).
Pour ma part, j'ai quelque peu levé le pied quelques jours, diminuant le temps de travail pour en profiter plutôt en siestes et en lectures. Pas de mangas au programme, envie de changer un peu d'air en restant juste en compagnie des mots. Ma nouvelle liseuse remplit très bien son office - honnêtement c'est même plus agréable de lire avec que sur un support papier plus difficile à tenir avec une main, qui a tendance à se refermer tout seul et où on perd vite sa page, sans oublier les feuilles qui se détachent facilement - mais je ne laisse pas tomber le bon vieux livre, ayant englouti en quelques jours un bon gros pavé SF exceptionnel dont j'espère réussir à tirer une chronique potable pour le Salon des Curiosités.

Je me suis pas mal interrogée sur l'avenir du site ces dernières semaines, commençant un peu à perdre le goût de la tenue des plannings, qui me prennent un temps fou. Et ce n'est pas le genre de trucs qu'on s'inflige si on n'y prend pas un minimum de plaisir, sinon on en a vite ras-la-casquette. Le problème étant que : 1) si les plannings japonais et français ne sont pas tenus régulièrement, vu qu'ils structurent la base de données sur laquelle repose le site, ce dernier va rapidement tirer une sale tronche 2) sans plannings, le site perd la majorité de ses visiteurs. Bon, je dis ça ici tout en sachant que ceux qui lisent le blog sont assez rarement ceux qui ne viennent sur le site que pour les plannings :)

Mais plus de plannings signifie simplement la fin du site tel qu'il existe actuellement et donc la fin du site tout court, et je ne suis pas sûre d'être prête pour ça. Bien sûr, la fin de Mangaverse signifierait le début d'autre chose, très certainement. Si ça devait se faire maintenant, ce serait pour me lancer dans quelque chose comme le Salon des Curiosités en plus développé, un blog proposant des chroniques pour partager sur des films, de l'animation, des mangas (reprenant dans un premier temps mes chroniques préférées de la Mangathèque), des BD, des comics, des livres, etc. sans se soucier de la moindre obligation de tenue semaine par semaine comme c'est le cas forcément actuellement. Le manga serait donc toujours bel et bien présent, sans doute plus que le reste mais ce serait tout de même différent de Mangaverse. Toujours la curiosité en premier mot d'ordre mais de manière d'autant plus libre, avec encore plus de simplicité. Revenir précisément sur le fond, le contenu, sans se retrouver coincée par tout le reste. Rien de révolutionnaire peut-on dire, c'est ce que font déjà énormément de blogs sur le net actuellement, mais pour moi ça changerait évidemment tout.
Peut-être que l'expérience tournerait court au bout de deux semaines ou tiendrait elle aussi quelques années... On ne peut jamais le savoir à l'avance. Aucun doute sur le peu de popularité de ce genre de choses mais le but ne serait pas d'avoir quantité de visiteurs de toute façon...
Et je sais que beaucoup n'aiment pas le côté blog souvent très impersonnel (moi aussi) mais ça a l'avantage de se gérer assez facilement et rapidement et de permettre de garder toute son énergie pour enrichir le contenu au lieu de s'embêter à coder pendant trois plombes pour que le pixel, il se mette où-qu'on-lui-demande-gentiment.

Certains jours, cette idée me botte vraiment énormément mais je ne crois pas être capable pour le moment de dire au revoir à Mangaverse qui occupe une bonne partie de ma vie depuis plus de onze ans tout de même. On ne lâche pas ça comme ça. On construit un truc brique après brique, on le cogite, on le fait évoluer, on le voit grandir, ça flatte l'ego, on a l'impression, bêtement, "d'exister"... Ça demande à mon sens beaucoup de courage de parvenir à lâcher prise, à accepter de dire stop et de faire table rase en effaçant onze ans de travail (enfin, effacer, c'est un mot un peu radical, le site resterait sur mon ordi). Courage que je n'ai pas pour le moment. Mais ça viendra sans doute. Et ce sera très bien comme ça. Je me suis toujours dit que j'arrêterai Mangaverse quand ce sera devenu une charge. Si j'en ai l'intelligence, ça se fera quand ce sera le bon moment pour moi. Qui peut arriver n'importe quand.
Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas. Et je ne sais pas comment je vais gérer cette rentrée qui s'annonce chargée en sorties. Mais comme je le lisais récemment sur un blog "S'il n'y a pas de solution immédiate au problème, il n'y a pas de problème", je verrai donc au fur et à mesure que les choses se présentent.

Et sinon, vous ça va ?

vendredi 27 juillet 2012

Et pendant ce temps-là...

Comme vous avez pu vous en rendre compte, pas beaucoup de mises à jour ces derniers temps. Appelons ça une poussée de flemmingite aiguë. Pas envie de rester devant un écran d'ordi en dehors du temps nécessaire pour le boulot, déjà conséquent évidemment. Pour occuper le reste de mes journées, j'ai alors plutôt envie de siestes, de farniente sur le canapé, de bouquinage loin des terres manga, de vautrage devant la TV, de bouffées d'air à l'ombre des arbres. Pas grand-chose à voir donc avec la tenue d'un site web.
C'est peut-être la période qui veut ça. Peut-être un simple ras-le-bol temporaire avant de replonger. Peut-être une motivation émoussée au fil des années, des heures passées devant l'écran sans forcément toujours savoir précisément pourquoi. Toujours est-il qu'il m'arrive même désormais de ne pas allumer le PC de la journée. Chose qui ne m'était pas venue à l'idée depuis... pfff... 12 ans ?
Je laisse donc couler pour le moment pour voir comment tout ça évolue, le temps de souffler un peu.

Mon nouveau joujou
Ça tombe bien car j'ai un nouveau joujou à tester.
Voilà quelques mois, je m'interrogeais sur l'intérêt d'une liseuse (pour ceux qui ne connaissent pas, je parle de cet appareil pour lire des ebooks, des livres numériques). Intérêt qui m'est apparu très clairement dernièrement quand je me suis retrouvée à devoir tenter de ranger les derniers bouquins achetés.
Plus de place.
Nulle part.
Je ne parle pas là de mangas, qui s'entassent déjà grossièrement en piles vacillantes sur chaque cm2 de mon bureau, mais de romans, d'essais, de BD que je ne sais plus où poser. Et là, bizarrement, l'idée d'une machine permettant le stockage de centaines de livres m'est apparue bien plus attirante. Il me fallait donc une liseuse. Mais laquelle ?

Amazon étant très efficace en marketing, la première idée qui m'est venue a été le Kindle. C'est bien simple, je ne pensais même pas qu'il existait d'autres options. J'ai quand même jeté un œil, histoire de ne pas regretter après coup. Je me suis alors retrouvée face à quatre choix : le Kindle d'Amazon, le Kobo de Fnac, le T1 de Sony et l'Odyssey de Bookeen. Ouch, moi qui ne suis pas douée pour choisir... Procédons par élimination.
Non, pas de Kindle : je n'aime pas le principe du format propriétaire et l'impossibilité de lire des epub, le format de base des ebooks. Ce qui veut dire qu'on ne peut acheter de quoi lire sur Kindle que sur Amazon. Certes, on peut convertir des epub au format Kindle avec un simple logiciel mais je trouve l'idée franchement agaçante et la méthode Amazon très révélatrice d'un état d'esprit pas franchement ouvert.

Mmh, non, pas de Kobo non plus. Je ne suis pas très pro-Fnac (pure subjectivité), leur boutique d'ebooks est réputée comme peu pratique (même si je ne m'en serais pas servie), il y a certains soucis sur quelques ebooks dérivés des epubs uniquement lisibles par le Kobo. De plus, je n'aime pas trop le design de cette liseuse, surtout son dos, et le peu de la navigation que j'ai pu tester en boutique n'a pas été concluant. Même s'il faut reconnaître que certains magasins n'ont honte de rien quand il s'agit de mettre des machines en test vu l'état déplorable dans lequel elles sont, ce qui ne facilite rien pour se rendre compte objectivement de leurs qualités techniques.

Le T1 de Sony restait une option passable même si je ne suis pas fan de son look très "carré" et du rebord brillant. Pas convaincue non plus par un test en boutique côté navigation même s'il a été sommaire et très limité. Pas de librairie Sony en version française, on ne semble pas beaucoup les intéresser. Mais ça restait quand même une possibilité si jamais...

Restait alors le Bookeen Odyssey qui a quand même pour avantage - du moins à mes yeux - d'être le fruit d'une société française qui a donc plutôt intérêt à se démener pour le marché de son propre pays, là où d'autres boîtes internationales ne chercheront peut-être pas forcément à se bouger pour un public aussi réduit. De plus, j'aimais plutôt bien son design et la navigation m'a semblé très intuitive contrairement aux autres produits où j'avais fini par appuyer un peu partout en espérant faire bouger quelque chose. Enfin, j'aime bien l'idée de ne pas oublier les librairies physiques - Bookeen est associée à Decitre (librairies de Rhône-Alpes), Cultura ou Virgin notamment - qui semble démontrer une réelle volonté de travailler avec les acteurs historiques du livre. De les accompagner dans l'ère numérique qui risque de broyer quelques boutiques.
Restait quand même quelques petits soucis, les premiers modèles ayant clairement rapporté de nombreux bugs avec l'USB ainsi que des soucis avec le bouton On/Off en glissière (comme la Nintendo DS mais en bien plus foireux). Coup de bol, une nouvelle version ayant apparemment réglé ces problèmes est sortie fin mai, encore fallait-il réussir à la trouver et ne pas se laisser refiler un vieux modèle. J'ai rapidement dû laisser tomber l'idée d'acheter en boutique - pas de choix et vendeurs totalement à l'ouest - et c'est finalement sur le net que j'ai fini par dénicher mon bonheur, reçu avant-hier (pour 129€).

N'ayant pas le Wifi chez moi, je ne risque pas d'utiliser la liseuse pour acheter directement des ebooks sur le net et dois donc me contenter de la prise USB pour connecter au PC et transférer mes dernières acquisitions avec un logiciel de gestion. Pour l'instant, j'en suis restée à du gratuit, mais il y a déjà de quoi faire pour commencer. Je n'ai jamais été une grande fan des auteurs classiques - Madame Bovary est un de mes très mauvais souvenirs de cours de français - mais j'ai déjà fait une petite sélection parmi les H.G. Wells, Lovecraft ou Edgar Allan Poe. 
Pas eu de souci pour transférer ça sur la bestiole et la lecture sur l'écran est un vrai plaisir, tant on a l'impression d'avoir devant les yeux une feuille de papier, pas trop blanche mais bien lisible (contrairement à un écran de tablette puisque les liseuses utilisent une encre électronique et un écran qui ne consomme pratiquement rien et repose les yeux). Un simple petit coup de doigt sur l'écran permet de tourner les pages, il y a même un dictionnaire intégré très pratique. Apparemment, pour prendre des notes, ce n'est pas le modèle le plus efficace mais je n'en prends jamais. L'écran est assez réactif, l'allumage est juste un peu long mais ce n'est pas bien méchant. On parle d'un mois d'autonomie de la batterie.

Certes, on ne trouve pas encore tout en ebook et pour ma part, je ne laisserai pas tomber non plus la lecture papier à laquelle je reste attachée : j'ai encore une bonne pile de romans à lire. Mais pour certains ouvrages, sans image, sans spécificité, la liseuse est un très bon accessoire complémentaire qui permet de lire sans avoir besoin de racheter des étagères ou de convoiter l'appart du voisin pour ranger ses dernières acquisitions.
Plus qu'à voir ce que ça donnera à l'usage, notamment quand je passerai à l'achat d'ebooks payants... C'est un peu dommage que certains titres soient plus chers en numérique qu'en version papier - un comble - et que beaucoup utilise le DRM, mais laissons le temps à ce marché encore balbutiant de trouver son modèle.

vendredi 6 juillet 2012

- Piece - Un puzzle entrepris encore jamais achevé.

Pas de Japan Expo pour moi cette année, autant en profiter pour ajouter une nouvelle blog-chronique. 
Kana continue d'enrichir son catalogue shôjo. Après Shirayuki aux cheveux rouges en janvier, l'éditeur inaugure l'été avec Piece, la dernière série en cours de Hinako Ashihara, à qui on doit déjà Le sablier (toujours chez Kana). Bon, si on se fie au résumé, ça n'augure pas un été très joyeux...

Piece volume 1Haruka Origuchi, 19 ans, vient de mourir d'un cancer. Ses anciens camarades de lycée se réunissent pour son enterrement. Pourtant, aucun n'était vraiment son ami. Personne ne lui parlait vraiment, personne n'avait cherché à connaître davantage cette jeune fille renfermée qui ne montrait aucun intérêt pour les loisirs de ceux de son âge. Personne, ni même Mizuho, pourtant au courant des insultes que sa congénère effaçait tôt le matin de son bureau. C'est pourtant Mizuho que la mère de Haruka vient voir à l'enterrement, croyant qu'elle était la meilleure amie de sa fille. Sa fille qui jusqu'à sa mort lui a tout caché, y compris sa relation avec un homme et ses conséquences... Mizuho et ses anciens copains de lycée accepteront-ils de fouiller le passé pour en savoir plus ?

A priori donc, rien de follement joyeux et léger avec un résumé comme ça. Pourtant, la lecture de ces deux premiers tomes ne plombe pas puisque la quête dans laquelle se lance Mizuho, traquant le moindre souvenir que la pauvre Haruka a pu laisser dans la mémoire de ses anciens camarades de classe, est surtout l'occasion pour la jeune femme d'en découvrir plus sur elle et ceux qui l'entourent. Au fur et à mesure que les pages se tournent et que les détails du passé se révèlent, pièce par pièce, on en apprend plus sur chacun, les personnages étant tous très travaillés et développés, aucun n'étant bêtement manichéen, monofacette, lisse et sans accroc.
Aucun n'a fait vraiment l'effort d'en savoir plus sur Haruka pendant leurs années de lycée, restant à une simple première impression face à cette fille a priori insipide et fadasse. Le genre de fille dont on pense qu'il ne peut absolument rien lui arriver d'intéressant dans la vie. Bien évidemment, son histoire, entremêlée avec celles d'autres, est bien là pour prouver le contraire et montrer que sous le vernis de surface peuvent se cacher bien des choses, intéressantes, surprenantes, inattendues. Des choses qui vont bien au delà des jugements posés sans en avoir jamais vérifié le moindre fondement, pouvant ruiner des vies pour rien de tangible, juste à partir d'un ensemble de petites vengeances puériles et mesquines.

Qu'on ne s'y trompe pas, on n'est pas là pour autant face à un énième manga sur l'ijime, le clou qui dépasse et se fait massacrer la tête à coup d'injures et d'humiliations. Ces lycéens n'ont rien des brutes épaisses ou des manipulateurs vicieux qu'on trouve régulièrement, juste des gamins parfois bien paumés, faisant avec ce qu'ils ont pour essayer de trouver leur place, souvent maladroitement, avec leurs peurs, leurs doutes, leurs faiblesses, leurs petites lâchetés, bref leur humanité dans ce qu'elle a de plus ordinaire et donc proche de nous. Aucun n'essaie vraiment de chercher à comprendre l'autre, ayant déjà bien du mal à se comprendre lui-même...
Mizuho par exemple est la gentille fille sans histoire qui doute perpétuellement des choix qu'elle a à faire, de sa capacité à aimer, des émotions qu'elle est censée éprouver, des batailles qu'elle devrait mener mais qu'elle fuit, des relations qu'elle rechigne à nouer, se protégeant du monde extérieur par une barrière qui écarte tout risque autant qu'elle l'éloigne des autres. Que ce soit elle, le réfléchi Yanai, le complexe Narumi ou l'adorable Setouchi, tous ont leurs multiples facettes qu'on découvre petit à petit, avec beaucoup de délicatesse, de sensibilité et de pudeur, entrant dans leur monde, dans leur tête, au fil de leur quête sur les pas de Haruka.
Le propos n'a pour le moment rien de glauque, de malsain ou de (trop) lourd, il y a même souvent une bonne dose d'humour, pas mal de petits moments légers simplement chaleureux et tendres, autant de petites tranches de vie sincères, alternant dérision, émotion, réflexion. Le dessin permet sans problème de s'y retrouver parmi les personnages, attachants, sympathiques même si certains semblent traîner une bien lourde charge sur les épaules, au gré des rumeurs et des réputations qui se construisent à partir de rien.

Ces deux tomes de Piece sont en tout cas plutôt accrocheurs, parvenant à intriguer et à donner envie d'en savoir plus, aussi bien sur le secret de Haruka, que sur Mizuho et ses anciens camarades, sur lesquels on a encore beaucoup à apprendre.
Difficile par contre d'imaginer que toute la série soit liée au fil rouge développé dès les premières pages, vu qu'il y a déjà 8 tomes au Japon et qu'il ne faudrait pas non plus délayer la moindre information, au risque de perdre tout rythme. À suivre pour voir comment la mangaka parvient à gérer son intrigue sans perdre son énergie, sa vitalité, son intérêt.
Pas de date encore sur le site de Kana pour le volume 3, qu'Amazon indique lui pour le 7 septembre 2012.

jeudi 28 juin 2012

- Prophecy - Mais c'est depuis cette cellule puant la sueur que je vais changer le monde !

C'est en 2004 que Ki-oon lance un jeune auteur, pas encore officiellement publié au Japon. Il s'appelle Tetsuya Tsutsui et son one-shot Duds Hunt est une des premières sorties du tout jeune éditeur français. Quelques mois plus tard, il est repéré au Japon par Square-Enix et se voit édité dans son pays d'origine. Rien d'étonnant donc à ce qu'aujourd'hui, Tsutsui travaille directement avec Ki-oon sur sa dernière série en cours, Prophecy, ce qui ne l'empêche pas d'être prépubliée au Japon chez Shueisha dans le magazine Jump X.
Sept ans après la sortie de sa première série, Manhole, il est enfin temps de retrouver le style détaillé de Tetsuya Tsutsui.

Prophecy volume 1La section de cybercriminalité de la police ne va pas pouvoir se contenter d'arrêter les petits revendeurs de jeux vidéo pirates. Un nouveau venu commence à faire du bruit sur le net : il s'appelle Paperboy et poste régulièrement des vidéos où il fait des prévisions pour révéler au grand jour les délits et crimes impunis qu'il compte bien juger par lui-même. Défenseur des humiliés et des opprimés ou simple bourreau cherchant à légitimer sa violence ?

Tsutsui revient donc avec un nouveau thriller et on retrouve ses ingrédients habituels : d'un côté la technologie, les réseaux sociaux, le net, de l'autre, des êtres déphasés, égarés, en colère, qui ont une revanche à prendre sur la vie, quitte à s'en prendre à celle des autres.
Ici, ce Paperboy se voit comme l'ultime réponse face aux humiliations et autres injustices que connaissent les plus faibles de la société. Incapables de se défendre, abandonnés par leurs pairs, ceux-ci ne peuvent rien espérer et voient alors débarquer ce justicier masqué qui n'a pourtant rien d'un Zorro des temps modernes. Aveuglé par la colère, ivre de haine, ne sachant répondre à la violence que par une dose encore plus forte de coups, il semble ne pas avoir de limites et joue, plus ou moins volontairement, avec les pulsions malsaines et morbides des accrocs du net, pas toujours capables de discerner le vrai du faux dans ce qu'ils voient de clic en clic.

Cela fait-il de Prophecy une œuvre sombrant facilement dans le manichéisme le plus primaire ? Pas vraiment puisque c'est la colère et la soif de vengeance qui font courir Paperboy, devenant alors un pantin aveugle sans limite, entraîné de plus en plus vite dans une course folle de brutalité qui n'a plus grand-chose à voir avec la justice, la haine rendant ses jugements de plus en plus primaires et simplistes. Tel un gladiateur au milieu des arènes, couvert du sang de ses adversaires, galvanisé par la foule du web qui hurle virtuellement pour encore plus d'hémoglobine, il continue sans aucun espoir de voir la lumière au bout de sa route, frappant, cognant, dénonçant des crimes pour légitimer les siens.
Et les flics derrière ? Ils courent. Sans pouvoir vraiment imaginer ce qu'ils coursent, attendant surtout une erreur de leur proie pour s'en saisir.

Honnêtement, la petite troupe de flics n'est pas des plus crédibles, et notamment le lieutenant Erika Yoshino, avec ses lunettes de soleil à la Horacio Caine (le flic le moins crédible de toute l'histoire de la TV), son attitude qui se la pète et ses tirades un rien pompeuses. Le trio de flics n'est donc pas franchement vraisemblable mais on se laisse facilement entraîner dans cette course-poursuite plutôt bien menée, avec toute l'efficacité et le rythme que Tsutsui sait mettre dans ses œuvres.
Reste tout de même qu'on en apprend déjà énormément dans ce premier tome : les motivations, les buts, les intervenants, on sait à peu près tout, ce ne sera donc pas là-dessus que se jouera le reste de la série mais peut-être plutôt sur la course-poursuite en elle-même, le niveau de violence de Paperboy ne pouvant aller qu'en s'accroissant, mais jusqu'où ? À vouloir jouer à la Justice aveugle, sans recul, sans prise en compte du contexte, sans réflexion, il n'y a plus de limite et seuls restent alors les coups, les morts, qui font oublier toute justification, potentiellement explicable sur certains points mais néanmoins totalement condamnable. La société, aussi avilissante et inhumaine soit-elle, n'est pas une excuse au défouloir barbare.

Tsutsui n'est pas du genre à faire traîner ses histoires et vu ce que contient déjà ce premier tome, nul doute qu'on en restera à une série vraisemblablement assez courte. Pas encore deuxième volume paru au Japon, le premier étant paru en avril 2012, il faudra donc patienter un peu pour connaître la suite en version française...

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