Les humeurs de Mangaverse

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jeudi 16 février 2012

- Les enfants de la mer - Je suis la mer.

C'est Sakka, en 2005, qui nous fit découvrir le style très personnel de Daisuke Igarashi, avec Hanashippanashi, Sorcières puis Petite forêt. Mais c'est Sarbacane qui nous offre un voyage plein d'embruns avec Les enfants de la mer.

Les enfants de la mer volume 1Ruka, collégienne, a beau aimer le hand-ball, elle ne semble vraiment pas faite pour les sports d'équipe vu son caractère passablement asocial et sa difficulté à communiquer, les autres ne le comprenant alors pas et la rejetant très vite. Expulsée de son club, la voilà livrée à elle-même, de nouveau en solitaire, pour ces vacances d'été qui débutent tout juste. Elle rencontre alors un étrange garçon au bord de la mer, Umi, à la nage si gracieuse et à la peau qui luit dans la nuit... Elle le retrouve le jour suivant à l'aquarium où travaille son père. Ces vacances d'été risquent d'être plutôt agitées, finalement...

Avec son trait croqué ne cherchant pas le lisse parfait (et froid) à tout prix, Daisuke Igarashi est de ces artistes "sensuels", à savoir qu'il parvient à retranscrire et transmettre avec beaucoup de finesse et de subtilité les sensations ressenties par ses personnages au fil des pages, comme si on y était. La caresse du vent iodé, le sable mouillé qui se défile sous les orteils à chaque vague, le ronflement incessant de la mer, l'émerveillement transi face à un géant des océans s'approchant... Nous voilà d'office plongés dans cette étrange aventure marine qui parvient pourtant à paraître totalement authentique et vraisemblable malgré toutes les interrogations qu'elle suscite, les impossibilités qu'elle décrit.
Durant plus de 300 pages, il ne semble finalement pas se passer tant de choses que ça mais l'auteur parvient à créer un univers vivant parfaitement construit où tout paraît possible devant le regard d'une gamine qui a tout à découvrir dans un monde qu'elle ne sait pas vraiment gérer. Mais un autre va peut-être s'ouvrir devant ses yeux, elle qui a déjà entrevu l'incroyable dans sa petite enfance.

Ce premier tome est une véritable ode à la mer, à ses secrets, à sa beauté, à ses habitants bien malmenés par une humanité peu soucieuse de ce qui ne lui paraît pas "utile". Impossible de savoir vers quoi va se diriger l'auteur, quels mystères il va entretenir, dévoiler, rajouter, explorer, tel un plongeur au fond d'une eau turquoise entouré de mille poissons bigarrés. L'ensemble est alors particulièrement prenant, intrigant, fascinant, sachant nous entraîner à la suite de trois gamins pas vraiment ordinaires, dont le destin semble inévitablement lié, sans qu'on puisse deviner quelle sera la finalité de ce ballet presque plus aérien que marin, entouré de créatures paraissant évoluer dans une autre dimension, pleine de grâce, de sérénité et de majesté.
On s'attache rapidement à ces mômes pourtant pas forcément faciles d'accès, comme déjà passés dans un autre monde qui s'éloigne du nôtre. On finit alors le volume avec deux sentiments un peu contradictoires : d'un côté, l'envie de vite pouvoir se plonger dans la suite, pressé de comprendre et de découvrir le message que l'auteur veut certainement délivrer au travers de cette fable... et de l'autre, l'envie de laisser un peu reposer tout ça, tranquillement dans notre tête, laisser ces attachants et étonnants personnages trouver leur place et prendre leur aise dans notre mémoire. Nul doute qu'après un premier tome nous ayant posé précisément le contexte et lancé pas mal de mystères, la suite apporte son lot de révélations et de bouleversements troublants.

Sarbacane n'ayant jusque-là jamais sorti de série manga, impossible de savoir quel sera le rythme de parution : voilà une invitation à se laisser porter au fil de l'eau... On parle néanmoins du volume 2 pour juin 2012.
Quatre tomes sont parus pour le moment au Japon chez l'éditeur Shogakukan, prépubliés dans le magazine Ikki, un cinquième et dernier devrait normalement voir le jour cette année. Si je tique quelque peu sur le traitement des onomatopées, si spécial - seules certaines sont traduites, sous les cases - hachant un peu la lecture, il faut quand même reconnaître que Sarbacane nous propose là une belle édition française.

lundi 13 février 2012

La question du lundi : la lecture numérique

Et hop, troisième billet entamé sans être fini, pour parler de mes soucis de PC - que j'espère résoudre avec l'arrivée d'une nouvelle machine d'ici quelques jours, si Windows 7 se laisse apprivoiser - et des dernières mises à jour du site, qui a bien bougé ces dernières semaines. Mais en fait, non.

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Depuis que je lis des mangas, je suis confrontée chaque jour un peu plus à un problème a priori négligeable mais finalement embêtant : le problème de place. Je suis entourée de montagnes de bouquins et ça commence à devenir difficile à gérer. Bêtement trivial mais très agaçant à force.
À côté de ça, on parle de plus en plus aujourd'hui de lecture numérique. Personnellement, ça m'a toujours fait tiquer, étant attachée à l'objet-livre et à la sensation du papier sous les doigts. Mais il faut reconnaître qu'en terme de gain de place, l'idée est tout de suite plus séduisante et commence à faire son chemin dans ma tête.
Attention, je parle là de livres en général, on verra pour le manga ensuite. Je débute sur le sujet et n'ai pas vraiment d'avis tranché, juste beaucoup d'interrogations (je vous rappelle que je suis de ces gros ringards qui achètent encore des CD :) ).

Idée séduisante donc mais qui se heurte à quelques soucis de poids : choix encore limité et prix des ouvrages plutôt élevés notamment. Mais aussi quel support utiliser ? Lire sur mon ordi, non, c'est très inconfortable et vraiment pas le meilleur moyen d'être détendu pour apprécier sa lecture.
Une tablette numérique ? Prix prohibitif (500€ juste pour bouquiner...) et même type d'écran qu'un ordinateur, rapidement usant pour les yeux me semble-t-il. De plus, il faut une connexion Wifi, puisque le but d'une tablette est quand même de surfer sur le net, et j'ai banni tout Wifi de chez moi (le CPL, c'est le bien).
Une liseuse façon Kindle ou Kobo ? Prix de la liseuse moins exagéré (même si ça reste élevé), connexion USB à l'ordi pour récupérer le livre, écran plutôt agréable, a priori des bons points... mais uniquement pour des romans sans élément graphique, non (sans compter qu'on n'est que sur du noir et blanc) ? J'ai du mal à imaginer une BD sur un Kindle.

Là, j'en viens aux mangas : faut-il forcément un écran LCD classique pour les lire ? Je regardais notamment le portail izneo, je me vois vraiment mal lire tout un volume sur mon PC. Fatigue visuelle déjà mentionnée et franchement pas super pratique pour bouquiner que de devoir rester collé devant son écran sans jamais pouvoir s'installer peinard dans son canapé avec son volume dans les mains (je passe déjà ma journée devant un écran alors même une tablette...). Ça peut être envisageable pour découvrir un titre sur quelques chapitres, comme le proposent déjà certains éditeurs sur leur site officiel, mais pour une lecture continue, je ne vois guère d'intérêt.

Je ne sais pas trop quelle place la lecture numérique va prendre au fil des années mais on peut imaginer qu'elle va se développer de plus en plus. En l'état actuel des choses pourtant, je ne vois pas vraiment quelle solution viable et globalement satisfaisante pour le lecteur, quelque soit son profil, peut émerger. Côté romans, les liseuses peuvent avoir de l'intérêt à condition de baisser le prix des ouvrages et d'avoir des catalogues plus fournis. Côté mangas... Je ne vois pas trop l'intérêt si c'est pour lire sur un écran d'ordi. Si l'avenir de la BD numérique réside uniquement dans des tablettes hors de prix, cela lui permettra-t-il de se développer ?
La question de gain de place m'intéresse mais pas si ça se fait au détriment du confort de lecture.

Sans compter qu'avec un volume, facile de partager. On prête un tome à un copain, en espérant juste qu'il ne le laisse pas tomber entre les mains ravageuses de son neveu de 3 ans ayant découvert la magie des crayons de couleur. Mais avec un volume numérique ? Si c'est pour arriver au même dispositif de DRM que la musique, restreignant toutes les possibilités de lecture ou de copie... Avec le numérique, la gestion des droits devient encore plus complexe à gérer...

En outre, avoir ses volumes immatériels pousse-t-il à la curiosité ? Face à une pile de bouquins, on prend, on teste, on tourne les pages, on se laisse charmer ou pas visuellement... Face à un répertoire sur un écran, aura-t-on le même réflexe ? Se rendra-t-on compte de ce qu'on a à lire sans l'objet sous les yeux ? Peut-être que la jeune génération, élevée entourée d'écrans, a plus de facilité d'adaptation face à ça mais au fil de l'évolution d'internet ces dernières années, je n'ai hélas pas vraiment eu l'impression de voir l'envie de découvrir et la curiosité se développer, en tout cas pas autant que l'offre s'est agrandie et diversifiée... Simple impression ?

Et vous, que pensez-vous de cette idée de lecture numérique ? Avez-vous déjà tenté ou restez-vous au contraire attachés à l'objet ?

(En illustration, photo prise il y a quelques semaines à librairie 9eme quai d'Annecy).

mardi 7 février 2012

- Kitchen - Je jure de le dévorer jusqu'à la dernière miette !

Kitchen volume 1Petit tour en Corée pour cette nouvelle blog-chronique, consacrée à Kitchen de Jo Joo Hee, une série toute en couleurs.
Au départ, en me fiant vaguement à la couverture, je m'imaginais me retrouver face à un de ces manhwa un peu superficiels, au dessin délicat et au propos un peu pompeux et vide. Un joli emballage pour pas grand-chose de solide derrière (oui je sais, a priori, préjugés, tout ça...).

Première surprise, face à la couleur d'abord, puis au style de dessin ensuite, ne jouant pas du tout sur la précision ou un esthétisme lisse et froid. Le trait, plus proche du croquis travaillé, se veut tendre et chaleureux, ne cherchant pas à impressionner mais à faire ressentir, et surtout saliver. On parle ici cuisine et la manhwaga, à coup sûr une grande gourmande, n'a pas son pareil pour faire découvrir des plats coréens - dont on connaît parfois la version japonaise - qui donnent envie d'être goûtés.
On enchaîne les petits histoires, 16 dans ce premier tome, sans aucun fil rouge les liant, aucun personnage récurrent (l'avantage étant qu'on ne risque pas d'être frustré à la fin d'un volume si jamais). Le propos est juste de raconter un petit morceau du quotidien de coréennes en rapport avec un plat, que ce soit face à une rupture, un deuil, un repas entre copines ou même simplement le petit plaisir d'une boisson après le bain public. Pas de grande révélation philosophique ou de longue tirade pompeuse, juste des personnages de tous les jours, dans leur vie de tous les jours.  Certes, ce n'est jamais énormément développé et ça peut ne pas aller bien loin mais on passe du sourire au rire franc puis à la petite minute d'émotion en l'espace de quelques pages. Aucune prétention ici, juste le plaisir de partager des sensations, des souvenirs, des découvertes, avec sincérité, sensibilité et justesse. Chaque histoire est même conclue par une page d'anecdotes de l'auteure - cumulant les casquettes de maman, de professeur de coréen et de manhwaga - revenant sur le plat dont elle vient de parler, apportant alors une nouvelle touche de proximité chaleureuse qui rend la lecture encore plus sympathique.
Voilà en tout cas une nouveauté gourmande et fraîche, tour à tour drôle et touchante, qui fait plaisir à découvrir, avec simplicité et bonne humeur.

Qui dit couleurs dit prix un peu élevé - 13,90€ a priori, j'avoue que je n'ai même pas regardé quand j'ai acheté le volume... - mais c'est un bel objet de 170 pages au papier glacé.
Sept volumes sont pour le moment parus en Corée. Comme d'habitude avec Clair de lune, le planning est plus qu'aléatoire et sujet à de nombreux changements pas forcément indiqués. Mais le tome 2 est pour le moment annoncé pour le 3 mai 2012.

vendredi 3 février 2012

- Bonne nuit Punpun - Être normal, ce n'est pas si facile...

Après nous avoir déjà fait découvrir une bonne partie de la bibliographie d'Inio Asano, Kana continue en sortant simultanément les deux premiers tomes de sa dernière série toujours en cours au Japon, Bonne nuit Punpun. L'auteur, plutôt adepte des recueils et des séries courtes, s'est ici lancé un nouveau challenge, toujours aussi riche en émotions.

Bonne nuit Punpun volume 1Punpun est un petit garçon d'une dizaine d'années, au quotidien aussi routinier que douloureux : un père aimant mais violent avec sa femme, une mère instable et bien peu intéressée par les enfants y compris le sien. Sa vie change quand la jolie Aiko arrive dans sa classe : coup de foudre immédiat. Mais son cœur n'a pas trop le temps de découvrir l'amour. Après une dispute particulièrement violente de ses parents, la routine du petit garçon change...

L'histoire peut sembler tristement banale et ne pas donner envie de se plonger dans un quotidien a priori plutôt glauque. Mais Asano sait encore une fois s'y prendre pour proposer quelque chose de différent, jamais pesant ou déprimant malgré tout ce qu'il peut aborder comme sujets difficiles.
Tout d'abord, tout nous est montré au travers du regard de Punpun, c'est-à-dire au travers du regard d'un petit garçon, ne comprenant pas grand-chose au monde des adultes. Lui nous est représenté non pas comme tous ses camarades de classe, très réalistes, mais sous la forme d'un personnage issu tout droit d'un dessin d'enfant, tout comme sa famille proche. Il ne semble pas parler mais les réponses de ceux qui l'entourent permettent sans problème de comprendre les dialogues et une voix off nous indique ses pensées. Car ça carbure dans la tête de Punpun, qui se pose beaucoup de questions et n'a guère d'aide pour trouver les réponses qu'il élabore alors en tâtonnant avec plus ou moins de réussite.

Les adultes, bien loin d'être des modèles à suivre, sont souvent représentés comme des êtres totalement fous, aux mimiques extrêmes, au comportement totalement frappé et exagéré, sans doute comme peut les voir un petit garçon ne comprenant rien à leur manière d'être. Tout cela donne un côté très décalé à l'ensemble et en même temps développe une grande profondeur nous plongeant directement dans le cœur de ce gamin un peu paumé, faisant ce qu'il peut pour grandir malgré tous les obstacles que la vie lui balance dans la tronche en permanence. On s'attache très vite à lui, rendu extrêmement expressif et touchant au delà du dessin qui le représente et les émotions s'enchaînent sans aucun temps mort au fil des pages.
Asano nous avait plutôt habitués à mettre en scène de jeunes adultes, ce qui n'est pas le cas ici. Il n'est pas si courant qu'on nous plonge comme ça dans le quotidien d'un gamin pré-ado, avec les découvertes de son âge, les filles et leurs manières bizarres, les copains qui se donnent de grands airs avec des mots qu'ils ne comprennent pas, le sexe au travers de magazines porno qu'ils ne comprennent guère plus... tout pour paraître plus grands, sans trop savoir ce que ça veut vraiment dire. Pas encore de leur âge, bien plus innocent qu'ils ne le croient, face à un monde adulte sans guère de considération pour eux...

La bande de copains de Punpun m'a clairement fait penser à certaines scènes de 20th Century Boys, autour de la base secrète des garçons, au travers d'épisodes d'aventures un peu foireuses pour prouver leur courage face à des rumeurs de fantômes ou de cadavres. Tout ça n'intéresse guère Punpun, plus préoccupé par ce qu'Aiko attend de lui, mais il suit ses copains, il n'a rien d'un leader.
Aiko, la jolie Aiko, elle aussi sacrément malmenée par la vie et par les adultes, qui espère trouver en Punpun celui qui saura lui donner ce qu'elle attend désespérément, la confiance, le support, la protection. Des mots dont Punpun ne saisit pas vraiment le sens, des mots qui lui font peur par la pression qu'ils lui mettent sur les épaules. Les épaules d'un môme innocent dont ce qui devait être la base stable de sa vie, sa famille, est en pleine explosion et qui le laisse si seul quand il aurait tellement besoin d'un guide pour l'aider à avancer sans se prendre trop les pieds dans le tapis.

Difficile de savoir vers où va aller Inio Asano avec la vie de son attachant Punpun mais ces deux premiers tomes devraient ravir les amateurs de cet auteur plutôt atypique, sachant susciter toute la gamme des émotions, du rire aux larmes, en quelques pages, avec énormément de justesse et de sensibilité, et un trait de plus en plus maîtrisé et précis. Peut-être pas l'œuvre la plus facile d'accès pour qui ne connaît pas son univers - Solanin est sans doute la plus accessible pour débuter - mais pour qui a envie de tenter l'aventure les yeux grands ouverts, après tout...
9 volumes sont pour le moment parus au Japon. Le tome 3 est prévu en France chez Kana pour le 1er mai 2012.

mardi 31 janvier 2012

- BTOOOM ! - Là-bas aussi un massacre va avoir lieu.

BTOOOM ! volume 1Trois nouveautés pour Glénat en ce mois de janvier, au style assez varié : un seinen musclé, un shôjo animalier et un shônen explosif, en l'occurrence, BTOOOM ! de Junya Inoue, mangaka découvert chez Doki-Doki avec Otogi Matsuri, sa première série.

Ryota Sakamoto, 22 ans, sans emploi, est un des meilleurs joueurs mondiaux à BTOOOM !, jeu online de stratégie au principe simple : faire exploser les adversaires. Jeune homme à l'avenir franchement limité, agressif avec sa mère cherchant à le caser dans un boulot plus "sérieux", le voilà qui se retrouve du jour au lendemain sur une île tropicale, la tête en sang, poursuivi par un enragé lui balançant des bombes dans le but assez rapidement évident de le réduire en bouillie. BTOOOM ! devenu réalité ?

Junya Inoue nous avait déjà prouvé ses qualité de mangaka d'action avec Otogi Matsuri, il passe ici au niveau supérieur en terme de violence et de stress. A priori, rien de super original - le coup de transposer dans la réalité l'atrocité d'un survival game est devenu assez classique, on pense à Gantz ou à Battle Royale - mais ce premier tome parvient très rapidement à accrocher l'œil.
Déjà par ses qualités graphiques indéniables, coup de crayon maîtrisé, mise en scène prenante, narration énergique sans temps mort et impression réelle de se retrouver à bout de souffle aux côtés d'un Ryota terrorisé, mec un peu arrogant et donc pas super sympathique au premier abord, sorte d'handicapé social scotché derrière un écran nuit et jour au point d'avoir un peu perdu le sens des réalités. Son réveil sur cette île pas franchement paradisiaque - pas de bouffe, plein d'insectes flippants et de congénères humains prêts à tout pour vous liquider - va rapidement lui faire prendre conscience de ses limites qu'il a entretenues sans s'en rendre compte pendant des années. Faire exploser un avatar virtuel aux formes vaguement humaines, sans visage, c'est peut-être grisant, se retrouver avec dans les mains la tête d'un humain - salary-man, petite fille, femme au foyer... - qu'on vient de faire péter, c'est tout de suite plus compliqué à gérer moralement parlant. Ryota va vite comprendre que la pure stratégie, froide et désincarnée, qu'il a développée au fil de ses longues parties en réseau n'est qu'une partie de la solution et que ses qualités humaines, de la plus noble à la moins tolérable, vont peser dans la balance de sa survie.
En outre, n'est-ce pas totalement illusoire de croire qu'on va pouvoir retourner tranquillement dans sa petite routine quotidienne après avoir massacré sans scrupule ? Qui se cache derrière tout ça et dans quel but ?
Au final, seules deux questions se posent vraiment : quel prix est-on prêt soi-même à payer pour sa propre survie ? Et quel prix les autres sont-ils prêts à payer pour la leur ?

Ce premier tome de BTOOOM ! se révèle donc très accrocheur : lecture prenante, assez tendue, histoire classique mais très efficacement mise en scène, n'en restant pas à du simple canardage hystérique sans un gramme de réflexion. Pas d'humour par contre, on s'en doute, le temps n'étant pas franchement à la rigolade.
Reste à voir comment le mangaka va faire tourner son affaire, développer ses personnages vu qu'ils risquent de passer plus de temps à tenter de se faire péter plutôt qu'à taper la causette, même s'il leur faudra sans doute collaborer pour espérer connaître un minimum de sursis. Mais la collaboration jusqu'à quel point, la trahison se révélant rapidement attirante ? L'humain, dans ce qu'il a de meilleur, peut-il sortir vainqueur de ce jeu ? Autant d'interrogations qui devraient remplir les prochains tomes.
7 volumes sont parus au Japon pour le moment. Le tome 2 est prévu chez Glénat pour le 7 mars 2012.

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