Après le retour du cogneur des bas-fonds et du gamin révolutionnaire ou l'arrivée de la spécialiste du lavement au café, Akata/Delcourt revient avec Lily la menteuse à un thème plus classique du shôjo manga : le travestissement.
Hinata, 15 ans, a enfin eu droit à se première déclaration : un garçon veut sortir avec elle ! Elle ne le connaît pas mais dans son bonheur d'être courtisée, elle dit oui, bien sûr ! Oui mais voilà... L'heureux élu, En, a la fâcheuse habitude de mieux porter la jupette qu'elle. En effet, ne supportant pas tout ce qui est masculin, au point de péter toute vitrine lui montrant son reflet, il a résolu le problème en ne s'habillant qu'en fille. En fille canon, qui plus est. Ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes à sa nouvelle petite amie, n'ayant pas très envie de causer dentelles ou taille de soutien-gorge avec son jules...
Un mec qui s'habille en fille, ou inversement, le thème est déjà ultra-classique dans le manga et ce ne sera donc pas là-dessus qu'Ayumi Komura, l'auteure de J'aime les sushis, se différenciera de ses collègues. Ce ne sera pas non plus vraiment sur l'histoire, qui n'est qu'un prétexte à une succession de gags pour mettre En et Hinata dans les situations les plus absurdes et tordues face à l'allergie masculine du jeune homme.
Qui plus est, si en page 4, Hinata connaît à peine le nom de son nouveau copain, en page 33, elle annonce clairement qu'elle l'aime sans qu'on sache vraiment comment c'est possible, on ne perd donc pas de temps. OK, pour la vraisemblance de l'histoire, on repassera aussi.
Mais la mangaka l'assume pleinement. Elle le dit elle-même dans un de ses coins bavardages "Mais bon, on est dans un manga ! Ce qui compte, c'est qu'on rigole, pas vrai ?!" pour expliquer les multiples petits détails pas très logiques qui parsèment les pages. Ne comptez donc pas sur elle pour des séries philosophiques proposant d'intenses réflexions, le but n'est pas là, mais uniquement dans le divertissement pur et simple. Et là dessus, Ayumi Komura maîtrise plutôt bien son sujet. On rit souvent, l'humour des scènes et des dialogues tombe plutôt juste, le rythme est alerte, on commence chaque chapitre en se demandant dans quelle nouvelle situation foireuse la manie vestimentaire d'En va les emmener, tout en passant par tous les classiques : la fête de l'école, la piscine, la sortie feu d'artifice en yukata... Un vrai festival que tout lecteur de shôjo manga connaît par cœur mais que la mangaka réutilise plutôt efficacement, avec une bonne dose d'auto-dérision au passage.
En (pas le prénom le plus pratique pour une version française...) en fille est une bombasse, une bombasse qui le sait parfaitement et qui en joue, n'hésitant pas à le souligner à haute voix, faisant craquer tous les mecs même ceux parfaitement au courant, tout en pouvant donner 10 000 conseils beauté aux filles qui l'adorent malgré le fait que sa pilosité inexistante lui permet d'éviter le calvaire épilatoire que toutes les nanas connaissent. Ce qui en fait d'ailleurs l'observateur privilégié de ces dames, pouvant se rincer l'œil sans aucun scrupule ni aucun risque de se prendre une tarte pour matage intensif, privilège dont il ne se prive pas le moins du monde puisqu'il adore la gent féminine.
La série n'a donc rien de révolutionnaire mais elle parvient à utiliser tous les codes et les classiques du genre pour mieux divertir ses lecteurs sans aucune autre prétention que de les faire rire et leur permettre de passer un bon petit moment sans prise de tête. Des personnages sympa et marrants, une mangaka qui ne se prend pas au sérieux, des intrigues classiques mais rythmées : simple, léger et frais.
Sept tomes sont pour le moment parus au Japon chez Shueisha. Le volume 2 est prévu en France pour le 4 juillet 2012.
vendredi 1 juin 2012
- Lily la menteuse - Ça te fout pas la honte d'être avec un gars plus belle que toi ?
Par Morgan le vendredi 1 juin 2012, 13:50 - Manga
lundi 21 mai 2012
Et une année de plus !
Par Morgan le lundi 21 mai 2012, 20:36 - Site

Pas de billet hors blog-chroniques depuis le 11 mars dernier. J'ai bien appliqué l'adage "Si tu n'as rien à dire, ben tais-toi !". Bon, pas grand-chose de plus à raconter aujourd'hui mais tout de même, il faut bien écrire de temps à autre...
Mangaverse a ce mois-ci 11 ans mais je ne vais pas repartir là-dessus. L'ennui avec les anniversaires, c'est que ça revient chaque année et qu'on radote vite... La page FB du site a elle pile un an aujourd'hui, avec un succès disons limité. Il faut dire aussi que je ne peux pas trop me résoudre à aller faire de la pub ici et là, à m'incruster sur les pages des éditeurs pour signaler une dernière chronique ou un truc du même genre (eh ouais, le net n'empêche ni la timidité ni l'inhibition). Je ne sais pas me vendre, en tout cas ne suis pas à l'aise avec les méthodes à employer pour ça, il faut en assumer les conséquences derrière.
Le site garde en tout cas son petit rythme de croisière, mise à jour hebdomadaire des deux plannings avec son lot de nouvelles couvertures japonaises, et j'essaie toujours d'ajouter au moins un article chaque semaine, que ce soit dans la Mangathèque ou dans le Salon des Curiosités. Même si là, je commence à arriver au fond de ma réserve de nouvelles chroniques/fiches. Il devrait quand même y avoir une nouvelle BD chroniquée d'ici quelques jours.
J'avais également envie de faire des cartes de visite pour le site mais vu qu'en fait, ça ne me servirait à rien, on oublie...
(C'est fou la quantité d'envies purement consuméristes totalement inutiles qu'on peut avoir...)
En dehors de ça... en fait, pas grand-chose. Mon quotidien se résume principalement à bosser, surfer, bouquiner et mater documentaires et séries TV (quotidien donc très rude, vous l'imaginez bien...), ce n'est pas vraiment avec ça qu'on remplit des billets de blog.
Reste quand même le Festival d'Animation d'Annecy qui approche, début juin, ma petite semaine "plein les mirettes". Je peux d'autant plus en profiter que je ne vais pas à Japan Expo cette fois-ci, aussi bien pour des raisons de finance que d'organisation personnelle un brin foireuses.
Le programme du Festival d'Annecy est en tout cas cette année assez chargé en animation asiatique et je compte bien voir quelques longs métrages comme Asura de Keiichi Sato, A Letter to Momo de Hiroyuki Okiura ou Voyage vers Agharta de Makoto Shinkai. Même si leur sale manie de proposer les principales séances en VOSTA n'aide pas beaucoup...
Dommage également que l'extrait prévu du dernier film de Mamoru Hosoda ne soit diffusé qu'en soirée juste avant la projection gratuite de La traversée du temps. Quand je serai chez moi en train de boucler le compte-rendu quotidien. On ne peut pas tout voir...
J'éviterai par contre soigneusement le film roumano-polonais sur un homme injustement condamné qui meurt de sa grève de la faim en prison, je le sens moyen... Déjà que je vais tenter dès ma première séance un film coréen a priori pas super attrayant ("Eun-sil, déficiente intellectuelle, meurt en laissant son bébé orphelin.", ahahah)...
(Sinon, l'image d'illustration, c'est pour l'expo consacrée à Ice Age durant le Festival, et pas pour vous pousser à acheter une nouvelle bagnole... Et puis la tronche "lapin dans la lumière des phares - à tous les coups, il va m'arriver une merde", ça me parle...).
Il me reste une semaine pour boucler mon programme, en espérant avoir d'ici là les quelques infos qui me manquent pour finaliser. En plein boom des tablettes tactiles et autres gadgets sortis tout droit d'un épisode des Experts, je m'échine à utiliser cahier et papiers découpés pour faire mon planning selon les horaires et les possibilités, en tentant de garder un équilibre entre les différents types de séances et les salles.
C'est d'ailleurs le seul moment dans l'année où je pourrais regretter de ne pas avoir de smartphone pour surfer, twitter ou envoyer des photos facilement mais claquer des centaines d'euros et un abonnement souvent onéreux pour un gadget vaguement utile juste une semaine dans l'année, ça me paraît quelque peu excessif... J'en reste donc avec mon téléphone qui ne sait que téléphoner et mon abonnement à 2€/mois.
D'ici là... J'aimerais bien aller voir I wish de Kore-Eda Hirokazu dans le seul cinéma du coin qui le propose mais à des horaires pas super pratiques, ce n'est donc pas gagné. Le dernier Garbage est bien sympathique, ce serait peut-être enfin l'occasion de tester l'achat de MP3... J'ai deux DVD de Makoto Shinkai à regarder avant début juin, avec peut-être quelques chroniques Curiosités à la clé. Et pas mal de boulot à finir avant le Festival, histoire de pouvoir passer une semaine avec l'esprit plus tranquille.
Et sinon, vous, ça va comment ?
jeudi 10 mai 2012
- Blood Lad - Une humaine... Je vais rencontrer une humaine...
Par Morgan le jeudi 10 mai 2012, 09:13 - Manga
Avec tous les mangas qui en parlent, le monde des démons n'aura bientôt plus de secret pour vous. Dernier en date ? Blood Lad chez Kurokawa. Suivez le guide.
On ne dirait pas comme ça, mais Staz est non seulement un vampire mais également le boss d'un des territoires de ce monde démoniaque. Il peut donc se la jouer grave quand un abruti vient tenter de lui péter les rotules afin de lui piquer son poste, ce qui finit assez invariablement par le dézingage direct du jeune impertinent.
Et pourtant, on ne dirait pas comme ça non plus, mais Staz ne s'intéresse pas beaucoup à tous ces trucs de pouvoir qui lui prennent un peu la tête alors qu'il n'a qu'une seule passion : la culture japonaise. Véritable otaku, son statut de boss lui permet surtout de réussir à se procurer des mangas, DVD, jeux vidéos et autres figurines du monde des humains, qui s'entassent dans son appart où il glande la plupart du temps. Alors quand une jeune Japonaise, très typique dans son uniforme de lycéenne, débarque dans son monde, c'est l'occasion pour lui de réaliser ses plus grands fantasmes (mais non, pas ça...).
À l'annonce de l'arrivée de Blood Lad de Yûki Kodama chez Kurokawa, certaines réactions étaient assez proches de "oh non, encore des vampires ??" (surtout qu'on a droit au lancement de deux autres séries "mordantes" la même semaine, Bloody Cross chez Ki-oon et Vassalord chez Soleil Manga). Mais le vampire ici est plus à associer au terme générique de démon que de brave aristo désuet des Balkans contant fleurette tout croc dehors à une jeune vierge hypnotisée par le classieux personnage. Staz ne traque pas la moindre goutte de sang et l'arrivée d'une innocente et brave pucelle l'intéresse plus parce qu'elle est japonaise que parce qu'elle contient 5 litres vermillon. Même s'il va devoir rapidement troquer ses fringues d'otaku pour reprendre ceux de démon, sa nouvelle amie ayant quelque peu souffert de son passage dans cet univers si particulier.
Je n'ai pas pu m'empêcher de voir un peu de Dorohedoro durant ma lecture, notamment du côté des visages de certains personnages ou de ce monde démoniaque un peu décalé. Mais le propos est ici beaucoup moins trash et déjanté que dans le titre de Q. Hayashida... Pour dire vrai, si la lecture de ce premier tome a été plaisante, je m'attendais à plus d'humour foireux et de délire, trouvant au final l'ensemble un peu trop sage et lisse, manquant un peu de personnalité. Pas mal d'action, du rythme mais un humour un peu trop timide pour un rendu assez shônen, un peu trop classique et manquant quand même de fantaisie. Néanmoins, si vous trouvez Dorohedoro too much pour vous, trop crasseux, Blood Lad est une alternative plus conventionnelle tout en restant efficace, jouant moins sur le grotesque et le délirant, parlant ainsi sans doute à plus de monde.
Ce premier tome étant plutôt un volume de présentation, assez simple dans sa construction, reste à voir vers quoi va ensuite se diriger la mangaka (ah, on me signale dans l'oreillette que la madame est en fait un monsieur, ce sera donc LE mangaka) : simples successions de baston entre boss, ou construction d'une intrigue un peu plus pêchue ? À voir car les personnages, bien qu'assez basiques pour le moment, sont plutôt sympa à suivre.
Bientôt 6 tomes au Japon chez Kadokawa shoten tandis que Kurokawa n'a pas encore annoncé la date de sortie du volume 2 en version française.
jeudi 3 mai 2012
- Wolfsmund - C'est donc lui le fameux bourreau du col du loup ?
Par Morgan le jeudi 3 mai 2012, 09:45 - Manga
Figurez-vous, bande de petites veinards, que Ki-oon a décidé de prendre en main votre niveau de culture générale cette année. En effet, avec Wolfsmund de Mitsuhisa Kuji, vous allez plonger dans rien de moins que les mythes fondateurs de la Suisse ! Bon, dit comme ça, ce n'est pas forcément très accrocheur, j'en conviens... mais si j'ajoute qu'on y trouve plein de décapitations, de pendaisons, de combats et de poitrines féminines dénudées ?
Wolfsmund, "La gueule du loup", c'est le surnom d'un triste château qui garde le col du Saint-Gothard, seule route d'accès à l'Italie depuis l'empire germanique en ce XIVè siècle. La maison des Habsbourg, la famille royale autrichienne, règne d'une main de fer, réprimant durement tout soulèvement contre leur invasion des trois cantons d'Uri, Schwytz et Unterwald. La moindre résistance des habitants est châtiée sans aucune pitié et personne ne peut tromper Wolfram, le magistrat du château, parvenant à déjouer tous les artifices des rebelles alors punis d'une mort plus moins rapide selon l'humeur du délicieux personnage.
Cette courte présentation et le fait que l'auteur soit un ancien assistant de Kentarô Mirua (Berserk) suffisent à situer facilement le style de la série et ce ne sont pas les toutes premières pages du volume qui nous détrompent puisqu'on commence directement par une bonne petite exécution, histoire de nous plonger directement dans le bain. Le plan est simple : ne vous attachez à personne, il y a de fortes chances que chaque personnage un tant soit peu sympathique rencontré finisse en trophée macabre dix pages plus loin. La pitié n'existe pas, des familles entières sont décimées sans distinction d'âge ou de sexe et seuls comptent la quantité de sang ou le nombre de têtes roulantes qui salueront l'arrivée des nouveaux prétendants au passage du col.
Pour autant, l'auteur ne joue pas tant que ça la carte du gratuit glauquissime avec moult gros plans sur les horreurs couramment pratiquées en ces temps pas très intéressés par la notion de justice équitable et autre présomption d'innocence. OK, ça découpe, ça gicle, ça roule, ça plante, mais le propos est plus dans l'efficacité que dans le malsain très appuyé qu'on peut trouver dans la Dark Fantasy. Pas besoin de ça de toute façon pour qu'on comprenne bien l'idée d'injustice et d'horreur que le mangaka nous met en images. C'est déjà bien glauque.
Impossible par contre avec ce premier tome de vraiment savoir vers quoi va ensuite se diriger le mangaka : pas de personnage principal, et comme simple ligne directrice a priori, la rébellion qui enfle chez les futurs helvètes. Le propos de la série sera-t-il de voir cette révolte grossir et finir par prendre son envol contre l'infâme Wolfram (qu'on aimerait bien voir pour le coup finir au bout d'une pique puisqu'il n'y a pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui s'amusent) ?
Trois volumes sont pour le moment parus au Japon chez Enterbrain. Le tome 2 est prévu en France chez Ki-oon pour le 14 juin 2012.
vendredi 27 avril 2012
- I am a hero - Je suis un personnage secondaire alors je vais mourir
Par Morgan le vendredi 27 avril 2012, 11:05 - Manga
Est-ce l'arrivée imminente d'une apocalyptique fin d'année 2012 annoncée ? Toujours est-il que le rayon "manga catastrophe" voit s'installer quelques nouveaux venus depuis quelques mois. Après la pluie noire de Sprite, les giga-monstres amateurs de chair humaine de Hakaiju, voici les zombies d'I am a hero de Kengo Hanazawa. Ici, pas de volcan au réveil un peu brutal, de tremblement de terre ravageur, de météorite armageddonesque, ou autre évènement démentiel et très démonstratif ayant pour but la destruction plus ou moins rapide de l'Humanité.
Non, ici, on prend le temps de s'installer et on commence tranquillement en découvrant le quotidien un rien pathétique de Hideo Suzuki, ex-mangaka redevenu simple assistant d'un dessinateur érotique après la fin prématurée de sa seule et unique série. Loser de 35 ans aux divers TOC censés le calmer de ses angoisses, il est à deux doigts du diagnostic de schizophrène à force de causer avec son ami imaginaire. Il a tout de même une copine, Tekko, totalement obsédée par son ex sans même s'en rendre compte, devenant même passablement maltraitante avec un coup de trop dans le nez. Bref, une vie idéale, socialement un brin foireuse, sans guère d'avenir chatoyant. Hideo espère pourtant réussir à être le héros de sa propre existence...
Contrairement aux autres mangas catastrophes donc, I am a hero commence par nous plonger dans un "banal" quotidien, terne et déjà un peu flippant de par la manière de vivre totalement décalée de Hideo. D'un côté, des collègues assistants aussi barrés que lui, comme ce quinquagénaire obsessionnel amateur de présentatrices TV, de l'autre un rival amoureux et professionnel totalement risible : on est déjà mal à l'aise au fur et à mesure de la découverte de la vie du jeune homme, qu'on finit presque par prendre en pitié au fil des pages. L'ambiance est poisseuse, moite, et me fait penser à Homunculus pour le peu que j'ai pu en lire. Mais en même temps...
En arrière-plan, comme en fond sonore, on sent que quelque chose se trame, que l'horreur commence à se frayer un chemin, que des trucs bizarres se passent, sans que personne ne le remarque vraiment. Jusqu'à ce que d'un coup, PAM, Hideo, et nous par la même occasion, on se le prenne en pleine tronche. Personne ne comprend, personne ne réalise, beaucoup préfèrent ne rien voir, refusent d'accepter ce que leurs yeux, et sans doute leurs tripes aussi, leur hurlent, tandis que leurs proches commencent à prendre une tête un peu bizarre, à sentir la viande avariée et à gagner un mordant très démonstratif.
Je ne suis pas amatrice de zombies. Je n'ai jamais ouvert un volume de The Walking Dead, le nom de George Romero n'éveille en moi aucun fanatisme idolâtre. Je serais donc bien en peine de dire si cette nouvelle version des "gens plus vraiment très frais et un peu morts mais qui bougent quand même en voulant te bouffer la gueule" est : 1) crédible 2) originale 3) conforme au cahier des charges. Néanmoins, le mangaka parvient habilement à créer un contexte déjà bien anxiogène avec la petite vie foireuse de son Hideo. Qui d'un coup gagne le titre de champion de la normalité quand la situation part en sucette et que les mordeurs sortent dîner en ville. Finalement, sa vie pourrie n'était pas si mal et pas si flippante... L'ambiance est lourde, tenace, colle aux doigts, et le stress monte petit à petit tandis que l'on sent que quelque chose va débarquer d'un coup, sans qu'on arrive vraiment à savoir sous quelle forme. Ni avec quelle envergure. Ni à quelle vitesse.
Voilà en tout cas deux premiers tomes plutôt réussis, tendus, rythmés, haletants, sachant gérer l'angoisse qui monte au travers de quelques détails tandis que le quotidien commence à partir en roue libre. Impossible de savoir comment la suite va évoluer, tandis que le pauvre Hideo, pathétique mais finalement pas si désagréable tant que sa cervelle lui appartient, se retrouve à devoir enfin prendre sa vie en main, lui qui n'était jusque-là qu'un personnage secondaire de sa propre existence. Alors, est-il un héros ?
Bientôt 9 tomes au compteur japonais où la série paraît chez l'éditeur Shogakukan. En France, c'est Kana qui nous la propose en collection Big Kana (pour public averti, car si le mangaka ne joue pas à outrance avec la gratuité ensanglantée que peuvent lui permettre ses charmants personnages, c'est tout de même un peu glauque pour les plus sensibles) et le troisième tome est prévu pour le 1er juin 2012.
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